Rivalités au sein de l'administration Trump

À l'opposé de la faction plus modérée formée... (The New York Times)

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À l'opposé de la faction plus modérée formée autour de Jared Kushner et d'Ivanka Trump, le stratège Steve Bannon, à l'avant-plan, demeure le héros de la base nationaliste et anti-immigration qui a permis à Donald Trump d'accéder à la présidence.

The New York Times

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Gilles Vandal
La Tribune

(Sherbrooke) ANALYSE / Depuis ses débuts, l'administration de Donald Trump s'est démarquée par son imprévisibilité et son inconsistance. Les premiers mois de la présidence Trump ont été marqués par une série de revirements importants en politique étrangère dans des dossiers aussi divers que la Chine, la monnaie chinoise, l'OTAN, la Russie, la Syrie et même l'ALENA. De plus, la politique intérieure a été aussi secouée par une série de soubresauts. Derrière cette apparence de manque de direction se dégage une lutte féroce pour le pouvoir entre deux grandes factions.

La première faction est dominée par Steve Bannon, le principal stratège de Donald Trump. Un idéologue d'extrême droite prônant une révolution contre l'ordre établi, Bannon a réussi à inculquer au futur président lors de la dernière campagne sa vision nativiste, isolationniste et protectionniste. Devenu principal conseiller du nouveau président, il a démontré une détermination sans faille à promouvoir cette vision au sein de la nouvelle administration.

Bannon a ainsi convaincu le nouveau président de procéder à une refonte majeure du Conseil de sécurité national (CSN). Le président et le directeur du renseignement des forces interarmes, le directeur de la CIA, l'ambassadrice à l'ONU et le secrétaire à l'énergie en ont été exclus. Plus encore, en devenant membre du CSN, Bannon obtenait plus de pouvoir que Karl Rove et David Azelrod, les deux principaux conseillers de George W. Bush et Barack Obama.

Dans les premières semaines de l'administration, jouissant de la confiance totale du président, Bannon, soutenu par une pléiade de conseillers, était dans une situation inattaquable. D'ailleurs, il peut toujours compter sur le soutien indéfectible de Jeff Sessions, procureur général et un des plus proches confidents du président, de Wilbur Ross, secrétaire au commerce, de Steve Mnuchin, secrétaire au Trésor, et des conseilleurs politiques Kellyanne Conway et Stephen Miller.

Toutefois, son accession rapide préoccupa plusieurs hauts fonctionnaires oeuvrant dans les coulisses de la Maison-Blanche. Par son style tranchant, Bannon se fit beaucoup d'ennemis tant au sein de l'administration que chez les membres du Congrès.

Plus encore, il fut à l'origine de la série d'ordres exécutifs, y compris ceux sur l'immigration. Ces derniers, mal ficelés, furent contestés devant les tribunaux. Sa stratégie sur le remplacement de l'Obamacare s'avérait toute aussi désastreuse. Pire encore, il refusa d'en assumer le blâme lorsque le caucus du Freedom House bloqua la réforme.

Bien que considéré comme un survivant rusé, sa réputation de manipulateur maléfique lui a explosé en pleine figure, lorsque le magazine Time publia un article le dépeignant comme un grand manipulateur qui avait réduit le président à une simple marionnette. Cette caricature fut reproduite dans de nombreux magazines, talk-shows de fin de soirée et sur Twitter. L'apparence volonté de Bannon de prendre le mérite de tous les bons coups de l'administration exaspéra particulièrement un président imbu de lui-même.

Entre-temps, une deuxième faction se forma autour d'Ivanka Trump et Jared Kushner. La fille et le gendre du président peuvent compter sur de larges appuis au sein de l'administration, dont Gary Cohn, le principal conseiller en économie, et Dina Powell, conseillère adjointe à la sécurité nationale.

La montée en puissance de Jared Kushner est un signe du développement d'un contre-pouvoir vis-à-vis la clique de Bannon. En effet, Ivanka et Jared, soutenus par les autres membres modérés de l'administration, préconisent une approche plus globaliste et plus ouverte sur le monde.

D'une part, ils considèrent que l'approche populiste et anti-establishment de Bannon encourage les pires impulsions du président. D'autre part, ils sont très opposés à sa vision nationaliste, nativiste et protectionnisme.

Divisée en deux grands blocs idéologiques, l'administration Trump est ancrée dans une impasse. L'issue de cette bataille pourrait déterminer la trajectoire que la présidence Trump va prendre dans les mois ou les années à venir.

Dans cette profonde rivalité, Bannon a perdu une première manche, alors qu'il fut évincé du CSN il y a de cela deux semaines. Plus encore, le président Trump rétablit le CSN dans ses structures traditionnelles, redonnant au conseil son rôle de leadership dans la définition des politiques de sécurité nationale.

Alors que la refonte du CSN représente une importante défaite pour Bannon dans la réalisation de sa politique nationaliste, Jared Kushner a vu son influence grandir. Dans les gestions des dossiers du Moyen-Orient, du Mexique et la Chine, le gendre du président a agi de facto comme s'il était secrétaire d'État.

Or, compte tenu de la grande fidélité que Donald Trump manifeste à l'égard de sa famille, Bannon sait que Kushner est un adversaire inaccessible. Par contre, il faut prendre avec un certain grain de sel les rumeurs d'un renvoi prochain de Bannon. Trump sait pertinemment comment Bannon est le héros de la base nationaliste et anti-immigration qui lui a permis d'accéder à la présidence. Alors qu'il est à son plus bas dans les sondages, il ne veut pas par-dessus tout s'aliéner cette base.

Par ailleurs, à l'encontre des dires de la presse américaine, le président est loin d'être perturbé par les luttes de pouvoir au sein de son administration. Plus que cela, à l'instar d'Hitler dont il était un admirateur dans sa jeunesse, il sait susciter la rivalité entre son personnel se rendant ainsi indispensable dans son rôle d'arbitraire. C'est justement ce qu'il a fait la semaine dernière en demandant à Bannon et Kushner d'aplanir leurs différends.

Gilles Vandal est professeur émérite à l'École de politique appliquée de l'Université de Sherbrooke.




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