Réfléchir l'école de demain

Le ministre de l'Éducation Sébastien Proulx... (Archives, La Presse)

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Le ministre de l'Éducation Sébastien Proulx

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Vincent Beaucher
La Tribune

ANALYSE / Le monde scolaire fait souvent la manchette, mais force est d'admettre que l'initiative du Lab-École, qui implique Ricardo Larrivée, Pierre Thibault et Pierre Lavoie, a fait vraiment couler beaucoup d'encre ces dernières semaines. À l'heure où le système d'éducation crie famine, l'injection surprise de plus de 1.5 M$ dans un projet où les initiateurs ne sont pas issus du monde scolaire a de quoi faire jaser.

Un des problèmes qui surgit à l'annonce de cette quête du Saint-Graal repose sur la perception - certains diront la confirmation - que le ministère de l'Éducation est, une fois de plus, pas tellement intéressé par ce que les enseignant(e)s, personnels cadre et de soutien ont à proposer pour améliorer l'école. Le ministre Sébastien Proulx s'est empressé de préciser que « d'autres personnes » seraient impliquées dans tout ce remue-méninge, bien qu'on ne sache pas encore qui. En fait, il faut reconnaître que le ministre et son gouvernement ont raté une chance extraordinaire, soit celle de commencer à rétablir les ponts avec le personnel scolaire, celui-là même au coeur de la priorité du gouvernement que serait - apparemment - l'éducation. Ce n'est pas juste à coup de pseudo-réinvestissements qu'on rétablit des liens brisés, il faut aller de l'avant et se mettre à l'écoute des besoins qui émanent de la première ligne.

Cela nous montre également à quel point le gouvernement est déconnecté du terrain, d'une part, et manque d'imagination, d'autre part. Prenons l'exemple de l'activité physique, cheval de bataille de Pierre Lavoie. Nul ne remettra en question la pertinence de faire bouger nos jeunes. Cela dit, depuis des années se déroulent un peu partout dans la province des projets, souvent mis en branle ou épaulés par des chercheurs universitaires, qui ont comme objectifs de changer les habitudes des jeunes. Et bon nombre de ces projets fonctionnent; les enseignant(e)s, les chercheurs et les élèves peuvent en témoigner. Il existe donc une connaissance en la matière, mais dont le réinvestissement apparaît plus qu'incertain.

Un autre exemple : Ricardo se donne le mandat de rehausser la qualité de la nourriture dans les écoles et d'amener les jeunes à s'intéresser à ce qui se retrouve dans leurs assiettes. Encore ici, il existe une multitude de personnes dont c'est le travail que de faire la promotion d'une alimentation saine, mais aussi abordable. Et savez-vous qui pourrait être consulté en la matière? Les cuisinières des CPE! Celles-ci ont développé au cours des années des connaissances et une façon de faire insoupçonnées dont l'objectif premier consiste à donner jour après jour à nos tout-petits des repas nutritifs et équilibrés, mais surtout peu onéreux pour respecter les budgets serrés des CPE. On remerciera le gouvernement d'avoir coupé à répétition dans ces organismes...

Cela étant dit, un espoir demeure, à savoir celui que le rapport qui sera présenté au ministre aura finalement des impacts tangibles dans le réseau. Pourquoi? Entre autres parce que le gouvernement sera bien malvenu de tabletter ledit rapport. De par la polémique actuelle, mais aussi du fait d'avoir impliqué des « vedettes », le projecteur est résolument sur les conclusions à venir et c'est le gouvernement qui subira la pression d'y donner suite. On peut également espérer, de façon générale, que les dossiers portés par Larrivée, Lavoie et Thibault connaîtront un regain d'intérêt dans la population. Néanmoins, il faudra se montrer, de part et autre, réalistes dans les attentes. Des écoles modernes comme celles que nous proposera Pierre Thibault, c'est un « must » pour l'expérience scolaire. C'est d'ailleurs pour cela que les nouvelles écoles sont déjà architecturalement repensées. Mais il restera toujours ces milliers d'écoles, bonnes normalement pour encore quelques décennies, qui doivent avant tout être réparées. Bref, on ne pourra pas tout changer du jour au lendemain.

Quoi qu'il en soit, l'occasion est belle de réfléchir à l'école de demain. Le ministre, s'il faisait preuve d'un leadership assumé, réfléchirait à la possibilité d'offrir une voix aux milliers d'acteurs qui sillonnent chaque jour les murs de nos écoles. Ce serait une reconnaissance minimale envers ceux qui auront, ultimement, à mettre en branle le plan du ministre, une fois le rapport Lab-École déposé.

Vincent Beaucher

Enseignant en éducation à l'Université de Sherbrooke et à Bishop's




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