Dénonciation obligatoire

La dénonciation n'a jamais eu bonne presse auprès du public. Après une longue... (Archives La Tribune, Maxime Picard)

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Pierre-Yvon Bégin

Collaborateur aux pages Opinions de La Tribune.

La Tribune

La dénonciation n'a jamais eu bonne presse auprès du public. Après une longue hésitation, le gouvernement Couillard entend maintenant en faire une obligation afin de dénoncer les cas d'abus auprès des personnes âgées. La mesure, qui sera présentée sous forme d'amendement au projet de loi 115, s'appliquerait uniquement dans les centres d'hébergement et de soins de longue durée (CHSLD). Doit-on aller plus loin et étendre cette obligation à toutes les résidences pour personnes âgées autonomes et semi-autonomes du secteur privé? Le bon sens semble pencher dans cette direction.

De récents cas de maltraitance envers les personnes âgées ont illustré la grande vulnérabilité des personnes âgées vivant en CHSLD. À Beauceville, une préposée a maltraité une dizaine de bénéficiaires, notamment en tenant des propos blessants et humiliants. Des résidents ont eu le courage de la dénoncer et de porter plainte auprès de la direction. Pour ce faire, ils ont dû vaincre leur peur bien légitime d'être l'objet de représailles.

Mais pourquoi donc les collègues de travail ont-ils apparemment fermé les yeux? Oui, le silence est la première condition qui permet à la maltraitance de perdurer, comme le mentionne Donald Tremblay, président de l'Association québécoise des retraités des secteurs public et parapublic.

À l'étude à l'Assemblée nationale, le projet de loi 115 a pour but de protéger les aînés contre toute forme de maltraitance. Président du Conseil pour la protection des malades, Paul Brunet a plaidé en faveur de la dénonciation. Il a rappelé à juste titre que les animaux sont aujourd'hui mieux protégés que les humains.

Le projet de loi prévoit aussi que l'installation de caméras de surveillance dans la chambre des bénéficiaires sera autorisée. Nous avons déjà mentionné que l'utilisation de ces caméras constitue un excellent moyen de prévention. Bien sûr, les centrales syndicales perçoivent cette pratique d'un mauvais oeil, disant entre autres que le recours aux enregistrements devrait être « exceptionnel et temporaire ». Si les employés de CHSLD ont le droit bien légitime de travailler sans se savoir observer en tout temps, le droit des bénéficiaires à un environnement sécuritaire semble primer. Après tout, leur chambre doit être considérée comme leur logement privé. De plus, les employés qui n'ont rien à se reprocher vont facilement oublier la présence de caméras.

Les caméras de surveillance et la dénonciation de la maltraitance assortie de peines sévères apparaissent comme des moyens efficaces pour assurer la sécurité des personnes âgées en centres d'hébergement. Souvent éloignés, les enfants n'ont plus la possibilité de visiter quotidiennement leurs proches. Admettons-le aussi, bien des bénéficiaires sont également oubliés par leur famille.

Tant qu'à encourager la dénonciation, le projet de loi devrait aussi inclure un mécanisme pour dénoncer les mesures d'austérité budgétaire de l'État. Bien sûr, aucun gouvernement ne va aller jusque-là. Ces mesures font en sorte que le personnel est aujourd'hui à bout de souffle. Que les couches souillées et les bains une fois par semaine fassent la manchette n'est pas le fruit du hasard. Que penser de la décision du réseau de la santé de la région de Québec de réduire la formation des préposés de 25 à 5 semaines afin de pallier la pénurie de personnel à la veille des vacances estivales?

La responsabilité de l'État consiste bien sûr à assurer la sécurité des personnes les plus vulnérables de la société. Elle inclut aussi le devoir d'affecter les ressources suffisantes afin qu'un personnel bien formé ait tout le temps de prodiguer des soins de qualité.




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