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Denis Dufresne
La Tribune

(Sherbrooke) ÉDITORIAL / La hausse de la rémunération globale de près de 50 pour cent des cinq plus hauts dirigeants de Bombardier en 2016 est indécente.

Non seulement la multinationale québécoise a reçu une aide financière d'un milliard US $ du gouvernement du Québec, en 2015, et une contribution remboursable de 372 millions $ d'Ottawa, en février, elle a procédé à 14 500 mises à pied l'an dernier dans le monde, dont 1500 au Québec, dans le cadre de son plan de redressement.

En fait, sur quelle planète vivent les gens de Bombardier?

Et qu'attend le gouvernement Couillard pour dire qu'il n'est pas d'accord, même s'il n'a pas imposé de condition ou de plancher d'emplois lorsqu'il a accepté d'investir pour le développement des avions CSeries, un programme marqué par les retards et les dépassements de coûts?

La compagnie a aussi accumulé des mois de retard dans la production des nouveaux tramways de Toronto.

Bombardier est certes une entreprise privée qui, en principe, n'a pas de compte à rendre.

Mais lorsqu'une entreprise en difficulté reçoit de l'aide publique et procède à des mises à pied massives, la retenue est de mise au moment d'augmenter la rémunération des dirigeants, au risque de s'aliéner l'opinion publique.

Au Québec, Bombardier aura supprimé un total de 2400 emplois d'ici la fin de 2017 et a enregistré une perte nette de 1,3 milliard $ lors du dernier exercice, alors que ses hauts dirigeants se sont partagé un total de 43 millions $ en rémunération, selon les informations transmises aux actionnaires en vue de l'assemblée annuelle du 11 mai, une hausse de près de 50 pour cent par rapport à 2015.

Pour les contribuables et les travailleurs qui ont perdu leur emploi, il s'agit d'un manque total de jugement et de sensibilité de la direction de Bombardier.

D'autant plus qu'il y a un an et demi à peine, la compagnie demandait une aide d'un milliard $ US au gouvernement du Québec. Et, en 2015, la Caisse de dépôt et placement du Québec avait quant à elle investi 1,5 milliard $ US dans la division ferroviaire de la multinationale.

Tout ça, c'est beaucoup d'argent des contribuables.

Lorsqu'une entreprise, aussi prestigieuse soit-elle, dépend à ce point de l'aide publique, il est inadmissible que ses hauts dirigeants voient leur rémunération haussée de près de 50 pour cent en un an, même s'ils ont d'énormes responsabilités et même si, aux yeux de la compagnie, ils ont atteint leurs objectifs financiers.

Le PDG de Bombardier, Alain Bellemare, dont la rémunération globale est passée de 8,5 millions  $ en 2015 à 13 millions $ en 2016, a même soutenu en novembre dernier que la compagnie avait frôlé la faillite en 2015 alors que Québec s'apprêtait à y investir un milliard $ US.

Il ne faut donc pas se surprendre que cela soulève l'indignation.

Bien des citoyens et des élus comprennent que Bombardier puisse avoir besoin du soutien de l'État et que celui-ci accepte de l'aider compte tenu de l'importance de ce leader du transport dans l'économie du Québec.

Mais il est difficile d'admettre que ses dirigeants se permettent de telles largesses alors que leur entreprise est toujours en difficulté et met des travailleurs à pied par milliers.

Ces augmentations auraient été beaucoup plus acceptables dans quelques années lorsque Bombardier aurait renoué avec la profitabilité.

Les hauts dirigeants de Bombardier sont passés beaucoup trop rapidement à la caisse et il est injuste que les Québécois aient dû mettre la main dans leur poche pour y contribuer, même indirectement.

Devant la vague de mécontentement soulevée par cette affaire, y compris au sein de la classe politique, Bombardier aurait tout intérêt à réévaluer ces augmentations en prévision de son assemblée annuelle du 11 mai.




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