Un combat ardu

ÉDITORIAL / La Coalition SOS mont Hereford se lance dans un combat courageux et... (Archives, La Tribune)

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Denis Dufresne
La Tribune

(Sherbrooke) ÉDITORIAL / La Coalition SOS mont Hereford se lance dans un combat courageux et ardu en voulant convaincre le gouvernement Couillard d'obliger Hydro-Québec à enfouir la portion québécoise de sa ligne d'interconnexion avec le New Hampshire. Et il n'est pas dit qu'elle parviendra à rallier une majorité de Québécois à sa cause, comme l'avait fait la coalition SOS Parc Orford en 2006.

La campagne nationale, lancée mercredi à Montréal et appuyée par le chanteur Richard Séguin, regroupe Nature Québec, le Conseil régional de l'environnement de l'Estrie, Corridor appalachien et le Réseau de milieux naturels protégés. Elle fait en quelque sorte écho aux mouvements de protestation que le projet Northern Pass a soulevés au New Hampshire.

Et ses arguments sont solides.

D'abord, le tronçon projeté de 15 kilomètres nécessite le déboisement d'un corridor de 53 mètres de largeur qui doit contourner le mont Hereford, mais traverser un massif forestier intégré à l'un des plus importants legs testamentaires de conservation du Québec, un territoire de 5400 hectares sous la responsabilité de l'organisme Forêt Hereford.

En plus de balafrer ce paysage unique, une expropriation pour la construction d'une ligne électrique risquerait de miner la crédibilité du système de donation écologique.

Les opposants font aussi valoir que l'enfouissement de la ligne sur une centaine de kilomètres au New Hampshire, pour préserver le paysage des Montagnes blanches, coûtera 500 millions $, alors qu'enfouir la dernière portion québécoise de 15 kilomètres avant la frontière représenterait une dépense additionnelle de 60 millions $.

Jusqu'ici, Hydro-Québec s'y oppose en raison des coûts et nie devoir payer une partie de la facture de l'enfouissement au New Hampshire à même les frais de transport qu'elle devra verser à son partenaire Eversource pour faire transiter son électricité. Cela mériterait plus amples explications.

La société d'État a déjà fait enfouir une ligne électrique sous le fleuve, entre les postes Grondines et Lotbinière, en 1985, à la suite de la mobilisation des citoyens de la région qui ne voulaient pas voir de pylônes traverser le Saint-Laurent.

Pourquoi le refuser aujourd'hui, alors que la protection des paysages est plus que jamais une priorité? D'autant plus que l'Estrie ne compte que 3,2 pour cent d'aires protégées, loin des objectifs gouvernementaux de 17 pour cent d'ici 2020.

Dans ce contexte, la campagne SOS mont Hereford parviendra-t-elle à mobiliser les citoyens et à obtenir des appuis politiques?

Pour l'heure, le ministre responsable de l'Estrie, Luc Fortin, se limite à dire qu'il est sensible aux préoccupations des opposants, qu'il souhaite que toutes les avenues soient étudiées et qu'il en a fait part au ministre de l'Énergie, Pierre Arcand.

De plus, soutient-il, le BAPE n'a pas recommandé d'enfouir la future ligne, mais bien « d'évaluer toutes les possibilités ». Peu rassurant.

En 2006, la coalition SOS parc Orford avait engendré un mouvement panquébécois d'opposition à la privatisation partielle du mont Orford. Elle avait aussi pu compter sur l'appui tacite du ministre de l'Environnement d'alors, Thomas Mulcair, qui, opposé à ce projet, avait quitté le caucus libéral.

De plus, à la différence du mont Hereford, situé dans l'arrière-pays coaticookois, le mont Orford est situé dans un parc national très connu et très utilisé autant par les Estriens que par les gens des autres régions, notamment les Montréalais, ce qui avait probablement aidé la cause.

Nonobstant les recommandations à venir du BAPE, le gouvernement Couillard devra trancher entre l'acceptabilité sociale, la préservation d'une aire protégée et l'intérêt collectif des Québécois puisque l'exportation d'énergie contribue au financement des services publics.

Toutefois, la protection de paysages naturels uniques et le respect du travail de Fôret Hereford et de la communauté ne valent-ils pas un effort de 60 millions $?




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