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ÉDITORIAL / Le meurtre de Daphné Boudreault par son ex-conjoint, la semaine... (Archives, La Voix de l'Est)

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Archives, La Voix de l'Est

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Denis Dufresne
La Tribune

(Sherbrooke) ÉDITORIAL / Le meurtre de Daphné Boudreault par son ex-conjoint, la semaine dernière à Mont- Saint-Hilaire, a soulevé une vague d'indignation et son lot de commentaires sur les réseaux sociaux, certains blâmant la victime, d'autres le travail des policiers. Mais il appelle surtout à une remise en question des façons de faire en matière de violence conjugale, visiblement déficientes.

C'est pas la première fois qu'une femme est victime de harcèlement et de violence verbale ou physique de la part d'un conjoint ou ex-conjoint alors que ses proches sont au courant de la chose, et parfois aussi les policiers, et que cela se termine par un meurtre.

Selon les données du ministère de la Sécurité publique, on a démombré 11 homicides, 30 tentatives de meurtre et 57 voies de fait graves dans un contexte conjugal en 2014 au Québec. Comment se fait-il que les interventions policières connaissent encore des ratés dans le cas de femmes que l'on sait vulnérables ou menacées?

Et, pourquoi faut-il attendre un drame comme celui de Mont-Saint-Hilaire pour réaliser la nécessité d'améliorer les procédures, qu'il s'agisse de prévention, de signalement ou d'intervention policère?

À la suite de ce meurtre qu'il a qualifé de « tragédie épouvantable », le premier ministre, Philippe Couillard, s'est dit d'avis que le signalement des cas de violence conjugale devrait être amélioré. Fort bien. Mais il faudra plus qu'une déclaration « à chaud », il faudra une directive claire pour améliorer les interventions policières.

Il ne s'agit pas ici de blâmer l'action des policiers dans ce cas précis de violence conjugale, mais de s'interroger sur l'efficacité des mesures existantes et sur leur application.

Par exemple, pourquoi une seule policière a-t-elle accompagné Daphnée Boudreault lorsqu'elle a voulu aller récupérer ses effets personnels au logement de son ex-ami, alors qu'il doit normalement y avoir deux policiers pour ce genre d'intervention? Devrait-on offrir une formation prolongée ou continue aux policiers sur l'intervention dans de tels contextes de violence?

Le Québec s'est donné un Plan d'action 2012-2017 en matière de violence conjugale avec une enveloppe de 57 millions $ axé sur la prévention et le dépistage, l'intervention psychosociale, policière, judiciaire et correctionnelle.

A-t-il été réalisé et a-t-il atteint ses objectifs? Le ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux, devrait rendre des comptes à ce propos.

Le gouvernement a aussi adopté une Stratégie pour prévenir et contrer les violences sexuelles 2016-2021.

Selon Maggie Fredette, coordonnatrice du Centre d'aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS) Agression Estrie, « le plus important, c'est de toujours croire la personne à partir du moment où elle exprime sa peur et craint pour sa sécurité, que l'on soit quelqu'un de son entourage ou un policier ».

On parle de plus en plus de violences sexuelles et de violence conjugale dans les médias, des universités et cégeps ont lancé des campagnes contre le harcèlement sexuel (« Sans oui c'est non » à l'Université de Sherbrooke), et une vingtaine de cégeps et d'universités ont repris la campagne « Ni viande ni objet » lancée par le Cégep de Sherbrooke.

Mais il faudra faire davantage devant la persistence des problèmes de harcèlement et d'agressions.

Il n'est pas normal que des femmes soient encore assassinées par d'ex-conjoints violents, malgré des appels à l'aide, que des femmes autochtones aient subi des abus et des violences sexuelles par des agents de la Sûreté du Québec en Abitibi ou que 37 pour cent des étudiantes universitaires disent avoir subi une forme de violence sexuelle.

Ces questions renvoient immanquablement à l'égalité homme/femme qui reste à atteindre, mais aussi à la nécessité que policiers, avocats et juges se montrent à la hauteur.




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