Pence n'est pas une alternative à Trump

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Gilles Vandal
La Tribune

(Sherbrooke) ANALYSE / De nombreux démocrates et même certains républicains salivent déjà à l'idée de destituer Donald Trump. Toutefois, les démocrates devraient y penser à deux fois avant de s'engager dans un tel processus. Le vice-président, Mike Pence, représente à bien des égards un danger plus grand pour l'avenir de la social-démocratie américaine.

Ici, il ne faut pas se fier aux apparences. Par sa personnalité et son ascendance politique, Pence est l'antithèse de Trump. Son débit de voix est plus calme et ses mots soigneusement choisis, alors que la performance politique de Trump est à la fois divertissante et épeurante par son approche ampoulée, imprévisible et hostile. Néanmoins, alors que Trump se démarque par son opportunisme amoral, Pence se distingue comme un idéologue réactionnaire.

Depuis un siècle, Mike Pence est le plus conservateur de tous ceux et celles qui ont été candidats ou qui sont devenus vice-présidents des États-Unis. Comme représentant au Congrès américain, il se classait 428e sur 435 en 2001 et 432e sur 435 en 2012 par son conservatisme, et cela en dépit de la montée du Tea Party. D'ailleurs, en 2012, il recevait une note de 99 % pour son engagement envers les valeurs conservatrices par l'Association de l'Union Conservatrice.

Né et élevé comme catholique, il rêvait dans son enfance de devenir prêtre. Lors de sa première année universitaire en 1978, il adhéra à une forme extrémiste du catholicisme, le catholicisme évangélique. Pence prit alors un engagement envers le Christ qui affecte depuis tout autant son comportement personnel que sa vision doctrinale.

Cet engagement évangélique vis-à-vis Jésus devint si personnel, intense et émotionnel qu'il adhéra à une lecture fondamentaliste et idiosyncrasique de la Bible. Sa vision religieuse, combinant des formes de protestantisme et de catholicisme traditionnels, représente selon beaucoup d'observateurs une philosophie religieuse arriérée ou dépassée.

Par son conservatisme social, Pence se classe à l'extrémité de la droite américaine. Son approche est si réactionnaire qu'il se définit lui-même d'abord comme chrétien, ensuite comme conservateur et finalement comme républicain. D'ailleurs, son extrémisme a été tel qu'il n'a pas réussi à faire adopter un seul des 90 projets de loi qu'il a pilotés pendant les 12 ans qu'il a passés au Congrès américain.

Comme gouverneur, il a piloté et signé une loi autorisant les entreprises à discriminer sur le lieu de travail sur la base de sensibilités religieuses.

Confronté aux problèmes des maladies transmises sexuellement, il a déclaré que les préservatifs offraient une très mauvaise protection, décourageant ainsi les jeunes à recourir à ceux-ci.

Il a refusé, comme gouverneur, d'appliquer la directive du président Obama autorisant les élèves à utiliser les salles de bains correspondant à leur identité sexuelle, affirmant que le gouvernement fédéral n'avait pas à s'impliquer dans ces questions.

Opposé depuis toujours à toute politique de planification familiale, Pence fut le premier membre du Congrès à proposer un projet de loi réduisant le financement consacré à la santé des femmes. Comme les cliniques de consultation offrent des méthodes de contrôle des naissances et des tests de dépistage du VIH, Pence en concluait que celles-ci cherchaient à fournir des avortements aux femmes. Devenu gouverneur, il força de nombreuses cliniques de planification familiale en Indiana à fermer leurs portes, en réduisant de moitié leur financement.

Sur la question de l'avortement, il a signé comme gouverneur la loi la plus restrictive aux États-Unis, interdisant l'avortement dans les cas évidents de trisomie ou même de cas où de viol. De plus, il est un adversaire acharné de Roe v. Wade, une décision judiciaire reconnaissant l'avortement comme un droit constitutionnel. Ses prises de position ont attisé l'activisme des femmes partout aux États-Unis.

À plusieurs reprises, il a voté comme membre du Congrès contre la loi sur l'équité salariale visant à protéger les femmes et les minorités contre toute discrimination salariale.

Depuis plus de 20 ans, Pence s'est positionné comme un farouche opposant à toute loi visant à accorder un statut juridique aux homosexuels pour les protéger contre la discrimination. Non seulement il s'est opposé au droit des homosexuels à se marier, mais il a incité les entreprises de l'Indiana à ne pas embaucher ces derniers.

Comme membre du Congrès, il a voté contre les programmes de sauvetage économique mis en place par les présidents George W. Bush et Barack Obama en 2008 et 2009. Il a aussi voté contre l'expansion du programme Medicaid proposé par le président Bush et le programme de l'Obamacare. Devenu gouverneur, il a intenté une action en justice contre l'Obamacare qu'il considérait comme une atteinte aux droits des États.

Par ailleurs, il considère le réchauffement climatique comme un phénomène artificiel et naturel et nie que la consommation de charbon puisse être mise en cause. Aussi, il a écrit en tant que gouverneur une lettre au président Obama menaçant de désobéir aux nouvelles réglementations sur le charbon.

Ce qui rend Mike Pence plus dangereux que Donald Trump est le fait qu'il confère une aura de respectabilité à la vision extrémiste républicaine. Il permet ainsi à cette faction extrémiste de fonctionner en toute tranquillité, sans susciter outre mesure la méfiance publique.

Une destitution de Donald Trump et son remplacement par Mike Pence est donc loin d'être la solution idéale. L'avenir de la social-démocratie américaine serait alors encore plus en danger.

Gilles Vandal est professeur émérite de l'École de politique appliquée de l'Université de Sherbrooke.




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