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Denis Dufresne
La Tribune

(Sherbrooke) ÉDITORIAL / De plus en plus de voix s'élèvent pour réclamer l'imposition d'une surtaxe sur les boissons sucrées, une avenue que doivent envisager sérieusement les gouvernements alors que les maladies liées à l'obésité gagnent du terrain, ce qui se traduira tôt ou tard par une augmentation des coûts en santé.

Une telle taxe permettrait de générer des revenus additionnels qui pourraient être réinvestis en prévention et en santé.

Ce n'est pas d'hier que ce sujet fait l'objet d'un débat public.

Les études, nombreuses, sont éloquentes : le sucre ajouté qui se retrouve dans de nombreux aliments, notamment dans les boissons gazeuses, boissons énergisantes et les jus de fruits est lié à des problèmes de santé qui engendrent des coûts sociaux énormes.

Selon l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), les sucres doivent représenter moins de 10 pour cent de l'apport énergétique total quotidien, soit 25 grammes, ce qui est moins que la quantité que contient une seule canette de boisson gazeuse!

Récemment, une étude menée par une équipe de l'Université de Waterloo, en Ontario, a démontré que les deux tiers des aliments préparés contiennent du sucre ajouté, même la nourriture pour bébés.

Ses auteurs rappellent qu'au Canada 3,5 millions de personnes sont aux prises avec le diabète de type 2 et que 5,3 millions d'adultes sont obèses.

Ils anticipent qu'à elle seule la consommation de boissons sucrées pourrait entraîner d'ici 2525 des coûts de 50 milliards $ en santé et provoquer 63 000 décès.

Le problème existe partout dans le monde.

Il est tel que l'OMS demande aux gouvernements d'imposer une surtaxe de 20 pour cent sur les boissons sucrées qui prendrait la forme d'une taxe d'accise appliquée aux produits à leur sortie de l'usine ou lorsqu'ils franchissent la frontière d'un pays

Le Regroupement pour un Québec en santé recommande pour sa part au gouvernement Couillard d'investir 4,8 milliards $ au cours des 10 prochaines années pour créer des « environnements favorables » à la santé en imposant une taxe sur les boissons sucrées et en augmentant la taxe sur le tabac.

Évidemment, il faudra voir avec le temps si une surtaxe sur les boissons sucrées aura un impact significatif sur les habitudes des consommateurs et, subséquemment, si elle engendrera un recul de l'obésité ou du diabète. Mais il faut commencer quelque part.

Un autre rapport, « Taxing Soda for Public Health : a Canadien Perspective », indique toutefois que des études démontrent que ce type de mesure a un effet. Au Mexique, par exemple, une hausse moyenne de 9 pour cent du prix des boissons sucrées a été associée à une diminution des achats de 6 %.

On peut bien sûr faire valoir que la consommation de boisson sucrée relève de la liberté individuelle ou encore que les producteurs et distributeurs commencent à réduire les calories contenues dans les boissons sucrées.

Mais la situation est urgente alors que l'obésité et les maladies comme le diabète gagnent du terrain; le directeur national de la Santé publique, le Dr Horacio Arruda, a même déjà évoqué une « épidémie » de l'obésité au Québec.

Imposer une taxe sur les boissons sucrées nécessite évidemment un certain courage politique puisqu'il faudra tenir tête à des géants comme Coca-Cola ou Nestlé qui, jusqu'ici, ont démontré peu de souci pour la santé des consommateurs.

Mais il appartient aux gouvernements de mieux réglementer l'industrie et de faire la promotion d'une saine alimentation.

À cet égard, pourquoi ne pas ressusciter le « Plan d'action gouvernemental de promotion de saines habitudes de vie et de prévention des problèmes reliés au poids 2006-2012 », abandonné par le gouvernement Couillard?




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