Crise en vue

ÉDITORIAL / Depuis toujours, ou presque, c'est souvent la même histoire : les... (Agence France-Presse)

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Denis Dufresne
La Tribune

(Sherbrooke) ÉDITORIAL / Depuis toujours, ou presque, c'est souvent la même histoire : les famines, qu'elles soient causées par des catastrophes naturelles ou par des conflits armés, ou les deux à la fois, font des millions de morts et ce n'est visiblement pas terminé.

L'Organisation des Nations Unies (ONU) anticipe en effet la « pire crise humanitaire » depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, en 1945, alors que 20 millions de personnes risquent de souffrir de malnutrition et de mourir de faim d'ici six mois dans quatre pays, le Soudan Sud, le Nigeria et le Yémen, ravagés par les combats, et la Somalie, où la sécheresse a anéanti l'agriculture traditionnelle.

Au Soudan Sud, un pays pétrolier où font rage de violents combats entre les forces gouvernementales et les rebelles engagés au côté de l'ex-vice-président du pays, un million de personnes risquent la famine au cours des prochains mois, une situation aggravée par les obstacles administratifs et les attaques auxquels font face les travailleurs humanitaires pour apporter de l'aide.

Le nord-est du Nigeria, où les islamistes de Boko Haram mènent une insurrection depuis 2009, est aussi frappé par les changements climatiques et par une mauvaise gouvernance; il compte 7,1 millions de personnes « confrontées à une grave pénurie alimentaire », selon l'ONU.

Il en va de même au Yémen, où les forces gouvernementales s'opposent aux milices chiites houthistes. L'ONU évoque « la pire crise humanitaire au monde » et estime que les deux tiers de la population, 18,8 millions de personnes, ont besoin d'aide, et que sept millions d'autres ignorent de quoi sera fait leur prochain repas.

En Somalie, plus de la moitié de la population, soit 6,2 millions d'habitants, a besoin d'aide, dont 2,9 millions sont menacés par la famine.

Ces chiffres hallucinants démontrent évidemment l'urgence d'agir : l'ONU presse la communauté internationale de débloquer une aide de 4,4 milliards $ d'ici le mois de juillet pour éviter une catastrophe.

Cette crise humanitaire, qui était somme toute prévisible, illustre une forme de banalisation ou d'ignorance volontaire de la part de l'Occident devant ces conflits générés par la convoitise de ressources naturelles comme le pétrole, par des tensions ethnoreligieuses ou territoriales, condamnant des millions de personnes à fuir et à vivre dans l'insécurité alimentaire.

Devant ce qui pourrait être la pire catastrophe humanitaire en 70 ans, les pays riches vont-ils répondre à l'appel des Nations Unies?

L'enjeu n'a malheureusement pas fait grand bruit jusqu'ici et peu de médias en ont fait leur manchette.

Une conférence est prévue le 25 avril à Genève pour lancer la collecte internationale de fonds.

Amasser 4,4 milliards $ n'est pas une mince affaire et de nombreux pays vont sans doute faire valoir que leur situation économique ne leur permet pas de donner autant qu'il le faudrait.

Pourtant, cette somme n'équivaut qu'à 0,002 pour cent des dépenses militaires mondiales, qui atteignaient 1700 milliards $ en 2015, selon le Stockholm International Peace Research Institute. À lui seul, le Canada y consacre 20 milliards $ par année.

Au-delà de la souffrance et des morts, les famines ont aussi des conséquences à long terme : des enfants vont connaître des retards dans leur développement et n'iront pas à l'école, il faudra plus de temps pour redonner vie à des régions dévastées, perpétuant ainsi la misère et le besoin d'assistance.

À défaut de se préoccuper réellement des conflits régionaux qui engendrent ces catastrophes, aura-t-on au moins la décence d'aider de toute urgence ces millions de personnes qui risquent la mort?




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