Tous est en place pour un « Russiagate »

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Pour le moment, le Russiagate représente un gros nuage sombre au-dessus de l'administration Trump.

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Gilles Vandal
La Tribune

ANALYSE / En juillet dernier, Donald Trump invita ouvertement les Russes à pirater les courriels de Hillary Clinton et à les rendre publics. Plus encore, il exprima ouvertement son admiration pour Vladimir Poutine.

Entre-temps, les efforts du camp Trump pour retoucher la plateforme électorale républicaine en faveur de la Russie dans le dossier ukrainien furent couronnés de succès. De plus, le sénateur Jeff Sessions, un conseiller proche de Trump, soutenait qu'une présidence Trump permettrait de renforcer les relations russo-américaines.

Par ailleurs, Paul Manafort, président de la campagne républicaine, était connu pour ses relations étroites avec les Russes. Ces événements avaient alors amené plusieurs journalistes et commentateurs politiques américains à souligner les liens troublants reliant Donald Trump à la Russie.

On le sait maintenant, la campagne présidentielle américaine fut perturbée par le piratage du comité national démocrate. Les services de renseignements américains et le FBI interceptèrent différentes communications montrant que le piratage provenait de Russes. Aussi voulurent-ils savoir si la campagne Trump était en collusion avec les Russes dans un effort d'influencer les élections.

Au cours de l'automne, les services de renseignements et le FBI constataient que des représentants de la campagne Trump et autres associés de Trump avaient des contacts répétés avec les Russes. Dans la cadre de surveillance de routine, l'Agence de sécurité nationale détecta des appels entre des associés de Trump et des agents russes. Le FBI demanda donc à l'ASN de recueillir davantage d'informations sur les opérateurs russes et d'analyser les communications antérieures que l'agence avait interceptées.

De ces différentes analyses, il ressortait que des conseillers de haut niveau proches de Trump entrèrent régulièrement en communication pendant la campagne avec de présumés agents russes connus des services de renseignement américains. Parmi ceux-ci, il y avait Paul Manafort, directeur de campagne, Michael Flynn, conseiller à la sécurité nationale, J. D. Gordon, ancien conseil sur les affaires russes, Jared Kushner, gendre et principal assistant de Trump, Donald Trump jr, le fils aîné du président, et finalement Carter Page et Walid Phares.

Parmi les agents russes contactés, le plus important est Sergey Kislyak, l'ambassadeur russe à Washington, qui est considéré par les services de renseignement américains comme l'un des meilleurs espions russes dans la capitale américaine.

Les contacts étroits entre le camp Trump et les Russes se poursuivirent durant la période de transition. Le cas le plus notable concerne Michael Flynn, le conseiller désigné à la sécurité nationale, qui rencontra Sergey Kislyak le 29 décembre pour s'assurer que la Russie ne réponde pas aux sanctions imposées par l'administration Obama pour avoir interféré avec les élections américaines. Comme l'intervention de Flynn était illégale, ce dernier dut démissionner.

Deux jours avant l'assermentation de Trump, Ben Cardin, sénateur démocrate du Maryland, recevait d'un fonctionnaire du département d'État une importante série de documents sur les tentatives russes d'interférer dans les élections dans le monde, incluant celles des États-Unis.

Entre-temps, les services britanniques de renseignement remirent aux autorités américaines un épais dossier soutenant l'hypothèse d'une vaste conspiration impliquant le camp Trump et les Russes. Ce dossier mentionnait la possession de vidéos embarrassantes sur Trump qui permettraient aux Russes de le faire chanter.

Les allégations circulant depuis un an, ainsi que les nouvelles révélations, laissèrent peu de choix au Congrès dominé par les républicains. Après tout, ces derniers avaient conduit pas moins de sept enquêtes sur les présumées infractions de Mme Clinton sur Benghazi. Impossible de ne rien faire sans paraître être trop partisan.

Pour leur part, les démocrates demandaient rien de moins que la nomination d'un procureur spécial, sinon la formation d'un comité bipartisan. Dans les deux cas, les républicains étaient conscients qu'il y avait péril dans la demeure. Les crises du Watergate en 1973-74, de l'Irangate en 1986 et du Whitewatergate en 1994 démontrèrent les dangers de ces deux avenues.

Aussi, les républicains tentèrent de contrôler la situation en confiant l'investigation sur les présumées interférences russes à deux comités réguliers de la chambre et du sénat où ils ont la majorité des voix.

Le public américain apprenait aussi que Jeff Sessions, lors de son audition pour devenir avocat général, déclara sous serment qu'il n'avait eu aucune relation avec les Russes durant la campagne présidentielle. Cette déclaration se révéla fausse. Face aux démocrates qui demandaient sa démission, les républicains ont limité les dommages en obtenant qu'il se récuse dans tous les dossiers touchant la campagne électorale de 2016 et les investigations sur les liens avec la Russie.

Néanmoins, Trump a réitéré sa confiance totale en Sessions. Plus encore, il passa en mode attaque. Très habile dans les arts sombres de la tromperie, il choisit de recourir à sa tactique préférée : distraire le public d'un dossier brûlant en créant une nouvelle controverse. Aussi, il lança le 3 mars des allégations sans fournir aucune preuve sur un présumé ordre personnel de Barack Obama. Ce dernier aurait, directement en violation de la loi, ordonné de mettre sur écoutes sa résidence privée.

Pour le moment, le Russiagate représente un gros nuage sombre pour l'administration Trump. Mais déjà beaucoup d'Américains, incluant de nombreux républicains membres du Congrès, commencent à s'interroger sur l'implication directe de Donald Trump dans toute cette saga. Cette histoire n'est pas sans rappeler la crise du Watergate.

Gilles Vandal est professeur émérite de l'École de politique appliquée de l'Université de Sherbrooke.




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