Une fausse bonne idée?

L'adoption d'une loi obligeant les partis politiques à présenter au moins 40... (Archives La Presse)

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Denis Dufresne
La Tribune

L'adoption d'une loi obligeant les partis politiques à présenter au moins 40 pour cent de candidates lors d'élections générales, comme le demande un groupe d'ex-élues de l'Assemblée nationale, est-elle une fausse bonne idée?

Cette volonté est aussi celle de plusieurs groupes de femmes, notamment le Groupe Femmes, Politique et Démocratie (GFPD), qui estime que la parité homme/femme en politique ne pourra être atteinte de façon « naturelle » et qu'après 50 ans de féminisme il faut mettre en place des mesures incitatives et, surtout, que le gouvernement en ait la volonté politique.

En revanche, l'idée d'imposer un minimum de candidatures féminines en vue des élections suscite un malaise chez certaines femmes qui estiment qu'elles doivent faire leur place sur la base de leurs qualités, de leurs compétences et de leurs expériences.

« Forcer » des candidatures féminines, jugent certaines, pourrait même avoir un effet inverse et discréditer les femmes.

La situation actuelle commande toutefois une prise de conscience et des mesures décisives pour solliciter, encourager et soutenir les femmes qui désirent s'impliquer en politique.

Car, après avoir progressé très lentement jusque dans les années 1990, la proportion de femmes en ce domaine fait pratiquement du sur-place depuis une vingtaine d'années et a même reculé lors des élections de 2014 avec 27,2 pour cent d'élues, soit moins qu'en 2003 (30,4 pour cent). En 2012, cette proportion avait atteint 32,8 pour cent, un sommet.

Quant au Conseil des ministres du gouvernement Couillard, il compte 27 membres dont 11 femmes.

L'absence de parité hommes/femmes dans les lieux de décision, le fameux plafond de verre, équivaut à un déficit démocratique.

Remédier à cette situation relève d'abord d'une volonté politique.

En 2007, par exemple, le premier ministre Jean Charest avait nommé un Conseil des ministres paritaire et avait légiféré pour que les conseils d'administration des 22 plus grandes sociétés d'État fassent de même.

Le premier ministre canadien Justin Trudeau a lui aussi réalisé la parité homme/femme dans son cabinet ministériel.

Mais tout cela ne règle pas le problème du nombre insuffisant de candidates lors des élections.

Le portrait n'est guère plus reluisant en politique municipale : 32 pour cent des élus sont des femmes et on ne compte que 17 pour cent de mairesses dans la province, mais l'Union des municipalités du Québec cherche à améliorer la situation avec son Comité femmes et gouvernance.

Ces données sont affligeantes et commandent des gestes concrets.

Le Groupe Femmes, Politique et Démocratie fait remarquer que bien que la société québécoise se dise égalitaire, les femmes sont encore trop peu nombreuses dans les postes de décision et que plus on monte dans les sphères du pouvoir moins elles sont présentes.

Il demande du reste à l'Assemblée nationale et au gouvernement de corriger ce « déficit démocratique » en invitant élus, citoyens et experts à identifier des solutions pour qu'ensuite le gouvernement légifère « afin d'assurer une représentation équitable des femmes et des hommes dans toutes les instances ».

Si l'approche coercitive n'est pas la meilleure solution, il faut dès à présent une réelle volonté politique de mettre fin au machisme institutionnalisé et d'améliorer les conditions pour permettre à davantage de femmes de se présenter.

Il appartient aux partis politiques, financés à 85 pour cent par l'État, de solliciter et d'encourager davantage de femmes à se lancer en politique, de sensibiliser leurs comités de sélection des candidatures, souvent majoritairement masculins, et d'aller rencontrer les femmes dans leurs réseaux.

Les femmes doivent prendre la place qui leur revient dans la sphère politique. Il n'y a pas de raison pour que la moitié de la population ne soit pas représentée adéquatement.




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