Incohérence

ÉDITORIAL / L'idée de faire passer de 18 à 21 ans l'âge légal pour l'achat de... (Archives, La Presse)

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Denis Dufresne
La Tribune

(Sherbrooke) ÉDITORIAL / L'idée de faire passer de 18 à 21 ans l'âge légal pour l'achat de produits du tabac au Canada, à laquelle la ministre fédérale de la Santé Jane Philpott se dit ouverte pour des raisons de santé publique, apparaît incohérente.

Après tout, les moins de 21 ans peuvent se procurer de l'alcool en toute légalité au pays et le premier ministre Justin Trudeau est d'accord pour établir un âge minimum de 18 ans pour l'achat de cannabis, lorsqu'il sera légalisé.

Les intentions de la ministre Philpott sont louables : selon elle, une telle mesure pourrait aider le gouvernement à atteindre son objectif de faire passer le taux de tabagisme au pays à 5 pour cent d'ici 2035. En 2015, ce taux était de 13 pour cent, contre 22 pour cent en 2001; au Québec, il est de 14,2 pour cent.

De plus, si le Canada décidait de porter à 21 ans l'âge légal pour acheter des cigarettes, il ne serait pas le seul : la Ville de New York et la Californie le font déjà.

Il est vrai que la consommation de tabac est l'une des principales causes de décès dans le monde, avec six millions de morts par année, et engendre des maladies cardiaques et des cancers. Mais le tabac n'est pas le seul produit dommageable pour la santé.

L'alcool, que les jeunes de 18 ans et plus peuvent acheter légalement en Alberta, au Manitoba et au Québec, mais à partir de 19 ans dans les autres provinces et territoires, peut lui aussi entraîner de graves maladies à long terme, notamment des lésions cérébrales, des cancers et des maladies du foie, en plus d'être la cause de nombreux problèmes sociaux (drames familiaux, faillites personnelles, conduite avec les facultés affaiblies, etc.).

La plupart des États américains interdisent la vente d'alcool aux moins de 21 ans.

La même réflexion peut également se faire avec le cannabis alors que le gouvernement Trudeau pourrait déposer dès ce printemps un projet de loi sur sa légalisation, sur la base du rapport McLellan, où on indique que l'âge de la majorité, 18 ans, est suffisant pour en acheter tout en laissant les provinces où l'âge de la majorité est de 19 ans s'ajuster en conséquence.

Le premier ministre Justin Trudeau s'est dit d'accord avec cette idée en décembre dernier, contrairement à l'Association médicale canadienne, qui préconise un âge minimum de 21 ans. Le CAA s'inquiète pour sa part, et avec raison, de la conduite automobile sous l'influence du cannabis.

La Californie, État libéral où la marijuana est légale, a fixé à 21 ans l'âge minimal pour l'achat, la possession et la consommation de quantités ne dépassant pas une once (28 grammes).

Sans être fataliste, il faut souligner que la marijuana peut causer des problèmes d'accoutumance chez les consommateurs réguliers et, chez certaines personnes, un risque de troubles mentaux, particulièrement chez ceux qui consomment depuis l'adolescence.

La consommation de cannabis augmente chez les 15 ans et plus : elle était de 12 pour cent en 2008 et de 15 pour cent en 2014-2015, selon l'Institut de la Statistique du Québec. Autrement dit, on délaisse la cigarette pour le joint.

Réglementer l'âge minimum pour acheter du tabac, de l'alcool ou du cannabis renvoie à des questions morales, légales et de santé publique, mais il faut être cohérent. Il ne serait pas logique d'interdire la cigarette aux moins de 21 ans tout en permettant l'achat d'alcool et de cannabis à partir de 18 ans.

Il vaut mieux miser sur l'éducation et la responsabilité individuelle, à moins de vouloir vivre dans une société puritaine et aseptisée.




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