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Denis Dufresne
La Tribune

(Sherbrooke) ÉDITORIAL / Après des années de tentatives infructueuses, il faut saluer l'intention du gouvernement Couillard de faciliter la reconnaissance des compétences techniques et professionnelles des immigrants au Québec, pourvu que des gestes concrets soient posés rapidement.

Le premier ministre Philippe Couillard a en tout cas envoyé un signal encourageant, mardi, en affirmant son intention d'accélérer l'étude du projet de loi 98 qui modifie différentes lois liées à l'admission aux professions, dont la gouvernance des ordres professionnels, les démarches pour l'obtention de stages et la formation d'appoint.

Le projet de loi devrait être adopté au cours de la présente session.

Depuis trop longtemps, les porte-parole de plusieurs communautés culturelles, notamment les francophones issus d'Afrique du Nord, font état des difficultés pour de nombreux professionnels d'avoir accès à un emploi dans leur domaine de compétence, en raison de la non-reconnaissance par les ordres professionnels de leurs diplômes obtenus à l'étranger.

Il y a aussi, malheureusement, une part de préjugés ou de méconnaissance des avantages que représentent les travailleurs immigrants, de surcroît en période de pénurie de main-d'oeuvre.

Ce ne sont évidemment pas tous les plongeurs ou chauffeurs de taxi immigrants qui sont ingénieurs, médecins ou informaticiens, mais les statistiques démontrent année après année que les personnes immigrantes, dont la scolarité est souvent supérieure à la moyenne québécoise, peinent à se faire embaucher et vivent, conséquemment, dans des conditions socioéconomiques difficiles.

Une situation d'autant plus incompréhensible que le gouvernement du Québec sélectionne ses immigrants sur la base de leurs compétences!

L'Institut de recherche et d'informations socioéconomiques (IRIS) évoque même une certaine discrimination à l'embauche dans une étude publiée en septembre dernier, «Portrait du revenu et de l'emploi des personnes immigrantes».

On y apprend qu'entre 2006 et 2015, le taux de chômage au Québec a été en moyenne de 5,8 pour cent pour la population née au Canada, contre 11,2 pour cent chez les immigrants avec un statut de résident permanent. Le document fait également état d'un taux de «surqualification» de l'ensemble de la population au travail de 29,7 pour cent, mais de 43 pour cent au sein de la population immigrante, en 2012.

Mohamed Soulami, directeur général d'Actions interculturelles, rappelle que l'entente Québec-France de 2008 sur la reconnaissance mutuelle des qualifications professionnelles devait en principe ouvrir la porte à des accords similaires avec d'autres pays, «mais ça ne s'est pas mis en place».

«Même s'il y a une ouverture chez plusieurs employeurs, globalement il reste beaucoup à faire», dit-il.

Actions interculturelles a réalisé en 2015 une analyse démontrant que le taux de rétention des nouveaux arrivants en Estrie n'était que de 21 pour cent, contre 51 pour cent pour l'ensemble du Québec. Une donnée qui en dit beaucoup.

Il est normal qu'après quelques années à tenter de travailler dans son domaine, sans succès, une personne immigrante décide d'aller voir ailleurs au Canada, ce qui constitue une perte pour la région, qu'il s'agisse d'un travailleur de métier, d'un technicien ou d'un diplômé universitaire.

Les nouveaux arrivants ont bien sûr la responsabilité de faire des efforts pour s'intégrer au plan social et linguistique et de mettre leur formation à niveau, s'il le faut.

Mais les employeurs et les ordres professionnels doivent faire preuve de davantage d'ouverture tout en protégeant le public.

Au cours des dernières années, le gouvernement Couillard a envoyé des messages contradictoires en matière d'intégration des immigrants avec des compressions dans les services de francisation et la fermeture de bureaux régionaux du ministère de l'Immigration, de la Diversité et de l'Inclusion.

M. Couillard affirme qu' «on ne peut se permettre de perdre un seul talent». Un peu plus de cohérence est attendue.




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