Des gestes concrets attendus

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Point de vue
La Tribune

Monsieur Justin Trudeau, premier ministre du Canada,
Monsieur Philippe Couillard, premier ministre du Québec,
Mesdames et messieurs les ministres et députés du gouvernement du Québec,
Monsieur Bernard Sévigny, maire de Sherbrooke

Réunis ce mardi 31 janvier en comité ad-hoc à la suite de la tragédie de Québec, plusieurs représentants d'organismes interculturels, d'institutions et de la communauté musulmane de Sherbrooke souhaitent manifester leurs préoccupations et inquiétudes concernant la situation dans notre région. Certes il faut souligner l'élan de solidarité avec la communauté musulmane qui a traversé le Québec et le Canada et qui a réuni, dans des vigies, des milliers de Québécois et Canadiens de diverses origines et confessions religieuses lundi soir. Nous étions plusieurs centaines à Sherbrooke. Nous apprécions aussi les discours rassembleurs et les marques de solidarité de tous les responsables politiques et de nombreux citoyens québécois de toutes origines durant cette triste semaine. Mais il est de notre responsabilité de penser aux suites de l'événement et de ces manifestations de solidarité.

Est-ce que ce qui s'est passé à Québec aurait pu se dérouler à Sherbrooke? Si tous les partenaires ont souligné le climat médiatique international entretenu autour des musulmans ainsi que les débats politiques qui ont, dans les dernières années, entretenu des stéréotypes et des préjugés, voire développé un courant xénophobe et islamophobe, les organismes de terrain de Sherbrooke ont fait part de leurs observations et de leurs inquiétudes.

Les jeunes et les familles musulmanes de notre région vivent au quotidien une forte stigmatisation qui ne fait que se renforcer au cours des mois : par exemple, à un jeune arrivant, d'autres jeunes, mais aussi des adultes, vont demander « Es-tu musulman, dans ce cas, tu dois être terroriste? », et cela, en fonction de son nom, de son pays d'origine ou son de visage. Ou encore, dans de petits groupes, les insultes et les « blagues » vont tourner autour des musulmans. Les personnes musulmanes se sentent toujours en situation de devoir se justifier, de prouver qu'elles ne sont pas des djihadistes, qu'elles ne sont pas contre l'égalité des hommes et des femmes, etc.

Plus encore depuis les débats autour de la Charte des valeurs québécoises, les actes à caractère haineux et islamophobes ont augmenté à Sherbrooke comme ailleurs au Québec. Trop souvent, même s'ils ont été dénoncés sur le moment, ils ont ensuite été rapidement oubliés voire minimisés et banalisés. Et beaucoup de personnes musulmanes ressentent un malaise, expriment un sentiment d'insécurité dans notre ville. La tragédie de Québec renforce cette angoisse et cette peur. Des intervenants racontent avoir reçu de nombreux appels de femmes musulmanes craignant pour leurs enfants et pour leur propre sécurité, si elles portent le foulard. De nouveaux arrivants musulmans à Sherbrooke font part de leur désarroi et de leurs inquiétudes quant à leurs possibilités d'intégration ici. Finalement à Sherbrooke aussi, des groupuscules d'extrême droite à idéologie raciste sont présents, connus, et se sont manifestés, à plusieurs reprises, entre autres, par le collage de tracts antimusulmans. Et il est clair que l'islamophobie n'est qu'une manifestation parmi d'autres des atteintes aux droits et libertés des personnes et des minorités qu'il s'agisse des autochtones, des jeunes, des aînés, des minorités LGBTQ... Agir contre l'islamophobie, c'est aussi agir pour le respect des droits de toutes et tous.

Ainsi, le climat social à Sherbrooke est porteur d'islamophobie et de racisme comme à Québec. Il nous apparait urgent d'être proactifs pour prévenir de nouveaux drames. Les actions que les organismes dédiés aux questions interculturelles et aux populations vulnérables mènent au quotidien, avec peu ou pas de fonds, sont sans aucun doute très insuffisantes. Pour qu'il y ait un véritable rapprochement interculturel, il est nécessaire que les décideurs et les leaders de la société d'accueil confirment clairement leur engagement de lutter contre le racisme et les discriminations.

Pour éviter que d'autres actes violents ne fassent des victimes et ne déchirent notre tissu social à Sherbrooke, au Québec et au Canada, nous vous demandons, monsieur le premier ministre du Canada, monsieur le premier ministre du Québec, mesdames et messieurs les ministres et députés du gouvernement du Québec, monsieur le maire de Sherbrooke, de vous engager à poursuivre et à concrétiser l'élan de solidarité dont vous avez fait preuve depuis l'attentat de Québec.

Pour cela, il est urgent de dépasser les débats, les discours et les comités, et de mettre en oeuvre, aux différents niveaux de gouvernement, fédéral, provincial et municipal, des politiques, des mesures, des programmes et des fonds dédiés : 1) à la lutte contre le racisme, les discriminations et l'islamophobie dont l'incitation à la haine et la propagation de préjugés, 2) au rapprochement interculturel et au mieux vivre ensemble et 3) à la sensibilisation de l'ensemble de la population et de toutes les générations, à la diversité constitutive de notre société ainsi qu'aux droits et libertés qui en sont les fondements.

Afin de contrer la diffusion des préjugés et de lutter efficacement contre les montées et les expressions localisées du racisme et des actes islamophobes, il est indispensable que ces mesures et ces fonds soient décentralisés, contextualisés et spécifiques à chaque région et aux organismes de terrain et communautés ethnoculturelles qui travaillent quotidiennement avec les citoyens qui en sont victimes.

Michèle Vatz Laaroussi, Université de Sherbrooke

Abdelaziz Laaroussi, Rencontre interculturelle des familles de l'Estrie (RIFE)

Étienne Bélanger-Caron, Coalition sherbrookoise pour le travail de Rue

Dominique Raynauld, Office Municipal d'habitation de Sherbrooke (OMH)

Abdelilah Hamdache, Institut des Mondes arabe et musulman (IMAM)

Edwin Moreno, Fédération des Communautés culturelles de l'Estrie (FCCE)

Christian Bibeau, Corporation de développement communautaire (CDC) de Sherbrooke

Méthode Muhanuka, Soutien aux familles réfugiées et immigrantes de l'Estrie (SAFRIE)

Mohamed Golli, Association culturelle islamique en Estrie (ACIE)

Annabelle Racicot, Service d'aide aux Néo-Canadiens (SANC)

Louise Gagné, Actions interculturelles de développement et d'éducation (AIDE)

Shah Ismatullah Habibi, Association éducative transculturelle (AEDTR)

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