Les fondements de la violence

Il est maintenant plus facile de faire le... (La Presse, Olivier Jean)

Agrandir

Il est maintenant plus facile de faire le lien entre les blessures psychiques que semble avoir accumulées l'auteur de la récente intrusion meurtrière extrémiste dans la mosquée de Sainte-Foy.

La Presse, Olivier Jean

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Point de vue
La Tribune

Toute personne humaine est animée par le besoin fondamental d'aimer et d'être aimée. Cette tendance a été inscrite profondément dans le psychisme humain par son Créateur. C'est un mouvement tellement important, si profond et intrinsèque que la psychologie humaniste l'identifie à un véritable besoin fondamental de la personnalité.

Si le besoin d'aimer est si naturellement orienté vers autrui, c'est qu'il a un rôle indispensable à jouer dans le développement et l'épanouissement socioaffectif de toute personne humaine. À preuve, tous les humains, quelles que soient leurs caractéristiques, accusent un indispensable besoin complémentaire et vital d'être aimé.

Dans la vie courante, le besoin d'aimer et d'être aimé se décline en six modalités particulières correspondant aux sept besoins socioaffectifs essentiels de toute personne humaine tels que proposés par le « Modèle des 7A » de Karen Horney et Norman Poulin. En effet, toute personne a foncièrement besoin d'Attention, d'Acceptation, d'Appréciation, d'Affection, d'Affiliation, d'Autonomie et d'Actualisation de soi. Plus ces sept besoins sont satisfaits, plus ils contribuent significativement au bonheur et au plein épanouissement de sa personnalité,

Les conséquences des besoins socioaffectifs insatisfaits

Lorsque ses besoins socioaffectifs reçoivent des réponses suffisantes des autres, cet individu dispose des ingrédients nécessaires pour le développement et l'épanouissement harmonieux de sa personnalité qui se manifeste par le bien-être intérieur et des relations harmonieuses avec autrui.

Par contre, quand une personne est privée de réponses positives à plusieurs besoins socioaffectifs ou bien quand elle accumule de trop nombreuses réponses négatives ou blessures psychiques à ces mêmes besoins, sa qualité de vie socioaffective se détériore de plus en plus.

Elle éprouve alors de plus en plus de sensations affectives (émotions) souffrantes qui se manifestent, selon le cas, par des réactions émotionnelles de tristesse ou de chagrin (provenant de la privation ou de la perte), de colère ou d'agressivité (résultant de réponses négatives frustrantes, blessantes, agressantes) ou encore de peur ou d'insécurité pouvant aller jusqu'à la panique (provenant de l'anticipation de conséquences fortement indésirables ou paniquantes par rapport au futur).

Les émotions souffrantes vécues par une personne dont les besoins socioaffectifs sont plus ou moins fortement insatisfaits peuvent se manifester de façon bien différente selon que la personne a une propension plus ou moins grande à l'introversion ou bien à l'extraversion. En effet les charges émotionnelles négatives plus ou moins intenses qu'elle a accumulées relativement longtemps vont se déployer tôt ou tard de façon implosive ou explosive, selon le cas. Voici les principales caractéristiques de chacune de ces deux catégories de personnes souffrantes.

De la souffrance socioaffective à la violence envers soi ou envers autrui

Les personnes souffrantes « implosives » sont plutôt introverties et passives; elles sont naturellement portées à retenir ou à refouler leurs charges émotionnelles négatives à l'intérieur d'elles-mêmes. Ne pouvant s'extérioriser, ces charges négatives se retournent progressivement contre ce type de personne de façon autodestructive allant du stress chronique, à l'angoisse, à la dépression et à la haine de soi pouvant conduire jusqu'au suicide plus ou moins violent. Bref, ce sont des personnes dont la souffrance mentale et émotionnelle se retourne contre elles-mêmes et les porte à se faire violence soit au plan psychologique (burnout, dévalorisation, isolement, dépression, troubles de la personnalité, maladies mentales de type névrotique ou psychotique) soit au plan physique (autopunition, mutilation, dureté extrême envers soi-même pouvant aboutir au suicide).

Les personnes souffrantes « explosives », elles, au contraire, sont plutôt extraverties et actives; elles ont naturellement tendance à extérioriser ce qu'elles pensent et ressentent. Plus elles souffrent de carences socioaffectives, de conditions psychosociales et/ou socioéconomiques allant de frustrantes à de plus en plus révoltantes, plus leurs charges émotionnelles agressives se tournent contre les autres et/ou la société au lieu de se retourner contre elles-mêmes. C'est ainsi qu'on peut expliquer les comportements antisociaux d'intimidation, d'abus, de harcèlement, d'agressions verbales, d'arnaques, de vandalisme, de délinquance, voir d'agression physique violente contre les biens publics et d'actes terroristes s'en prenant aveuglément à des individus, puis à des foules de plus en plus denses.

Qu'on pense ici à l'histoire personnelle et sociale des jeunes terroristes de Molenbeek qui ont commis les deux attentats de Paris, à celle des frères Chérif et Saïd Kouachi, auteurs de l'attentat de Charlie Hebdo, ainsi qu'à celle des frères Bakraoui, les kamikazes de l'aéroport et du métro de Bruxelles. Probablement que l'histoire socioaffective d'Alexandre Bissonnette, auteur de l'attentat du 29 janvier contre les fidèles de la mosquée de Sainte-Foy, résulte des mêmes conditions de vie personnelle et sociale.

En effet, au sujet de ce dernier, les premiers témoignages des personnes qui l'ont connu de plus près confirment qu'il est « très introverti, solitaire, pas très sociable, que c'était un rejet et un des gars les plus intimidés de toute l'école au primaire et au secondaire... qui était facilement influençable et manipulable... qui ne disait jamais rien et qui se laissait piler sur les pieds ».

Par contre, sur les réseaux sociaux Alexandre Bissonnette s'était fait « une réputation peu flatteuse pour ses prises de position identitaires, pro-Marine Le Pen et pro-Trump (dont il était un fervent admirateur), suprémacistes et antiféministes se qualifiant lui-même de ''féminazi''. Quelqu'un ajoutait qu'il considérait son attentat comme un message implicite à savoir : voyez ce que ça peut faire l'intimidation, le rejet, le mépris et l'exclusion sociale. Il est maintenant plus facile de faire le lien entre les blessures psychiques que semble avoir accumulées l'auteur de la récente intrusion meurtrière extrémiste dans la mosquée de Sainte-Foy.

Alors que les personnes souffrantes introverties et implosives se font du mal à elles-mêmes, les personnes souffrantes extraverties et explosives, elles, en font aux autres de différentes manières dans les deux cas, ce sont véritablement des personnes aux prises avec de grandes misères morales et sociales et qui éprouvent, à un moment donné, une irrésistible pulsion de projeter leur charge émotionnelle intolérable sous forme de conduite violente plus ou moins extrémiste.

Quel que soit le cas, les causes profondes de ce syndrome relèvent des souffrances socioaffectives, par privation ou par agression morale, qu'une personne a accumulées généralement depuis sa petite enfance. Comme ces charges émotionnelles de plus en plus intenses ne peuvent plus être refoulées, retenues, ni désamorcées, elles déclenchent des réactions émotionnelles compensatoires dont l'expression comportementale (de défoulement ou de décompensation) et les effets problématiques ou pathologiques sont proportionnels à l'intensité des souffrances émotionnelles éprouvées par la personne en cause.

Norman Poulin, psychologue retraité

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer