Soudain, j'ai peur

Je ne me retrouve plus! Je ne sais plus si mon environnement, qui m'était si... (La Presse, Robert Skinner)

Agrandir

La Presse, Robert Skinner

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Point de vue
La Tribune

Je ne me retrouve plus! Je ne sais plus si mon environnement, qui m'était si familier, m'est devenu soudain si hostile.

J'ai peur! Oui je suis devenu craintif en observant ou peut-être en vieillissant. J'ai vu les idéaux que j'ai endossés tomber et s'affaler comme des sacs de jute lourdement inanimés.

J'ai vu l'ignorance crasse ne plus avoir honte et prendre ses aises. J'ai vu l'indignation se faire au rabais et au faciès. J'ai vu la citoyenneté perdre de sa noblesse et son aura pour devenir une désignation selon la tête du client.

J'ai vu le discours haineux devenir banal et même plus : une attitude valorisée et valorisante. J'ai vu le rejet et le repli identitaire se partager le terrain des convictions.

J'ai vu des gens sans histoires tenir des langages orduriers comme mots de passe, comme cris de ralliement.

J'ai vu un autre Québec que je me refusais de considérer possible.

On détruit les ponts pour ériger des murs. On déchiquette les passerelles pour construire des frontières. On assiège. On séquestre l'intelligence et on libère les bas instincts.

J'ai peur et pourtant.

Je refuse de payer pour tous les Oussama de ce monde. Je refuse d'être l'instrument que manipule l'ignorance de la xénophobie quand elle ne peut convaincre.

Je refuse d'être un quelconque coupable par association ou de circonstance. Je réfute les accusations non formulées clairement.

Je refuse d'incarner un quelconque bouc émissaire, ou une potentielle poule mouillée.

Je refuse les amalgames et les raccourcis qui ostracisent. Je refuserai toujours d'être un citoyen de seconde catégorie et cela au grand dam des ségrégationnistes. Je refuserai toujours que je sois réduit à une parcelle de ma riche identité.

J'ai peur! Déjà que les murailles de l'apartheid se dessinent dans les formulations légitimées de la discrimination.

J'ai peur et j'ai le droit de dramatiser les idées perspectives.

Ce n'est pas que l'histoire ne nous apprend rien mais, hélas, la mémoire est courte et elle est une faculté qui oublie quand le populisme des suffisants s'arroge en vérité moralisatrice. (...)

Majid Blal, écrivain, Sherbrooke

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer