Aux universités d'agir

L'Université Bishop's offre depuis septembre dernier une formation... (Archives La Tribune, René Marquis)

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L'Université Bishop's offre depuis septembre dernier une formation obligatoire à tous les nouveaux étudiants (et aussi offerte à tous les autres) afin de leur donner des outils pour intervenir lorsqu'ils sont témoins de gestes préjudiciables à caractère sexuel.

Archives La Tribune, René Marquis

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Vincent Beaucher
La Tribune

ANALYSE / À l'heure où des centaines de milliers de personnes, hommes et femmes, marchent dans les rues de Washington (et ailleurs) en prenant part au mouvement Women's March, essentiellement en réaction à l'élection de Donald Trump, la place des femmes dans la société surgit à nouveau dans l'espace médiatique. Pas seulement chez nos voisins américains, mais également chez nous alors que vient d'être publié le rapport de recherche de l'enquête ESSIMU intitulé « Violences sexuelles en milieux universitaires au Québec » (disponible en ligne). En constatant les résultats, il est clair qu'un coup de barre doit être donné par le gouvernement, mais surtout par les universités.

Selon l'enquête à laquelle ont répondu plus de 9000 étudiant(e)s et employé(e)s du milieu universitaire québécois, 37 % affirment avoir vécu une forme ou une autre de violence sexuelle depuis qu'elles fréquentent l'université (le féminin, vous l'aurez compris, réfère au fait que la très grande majorité des victimes sont des femmes). Qui plus est, de ces 3400 victimes, 40 % ont subi plus d'une forme de violence sexuelle. Cela va des propos verbaux déplacés à connotations sexuelles jusqu'au viol, en passant par les attouchements et agressions. Tous s'entendront sur le fait que la gravité n'est pas la même d'un geste à l'autre, mais il faut néanmoins (finalement!) reconnaître qu'aucun n'a sa raison d'être, au Québec, en 2017. Sur un campus universitaire.

Là où le drame se joue, c'est quand on constate que le tiers des victimes n'auront jamais parlé à qui que ce soit de l'acte dont elles ont été victimes. Mais surtout, moins de 10 % auront signalé aux instances universitaires ce qu'elles ont vécu.

Quoi faire maintenant?

Le rapport propose 15 recommandations pour attaquer de front cette situation problématique. Celles-ci vont du très global, comme des actions gouvernementales, au plus local, telles des campagnes de sensibilisation sur les campus organisées par les universités. S'il est tout à fait pertinent, sinon nécessaire, que le gouvernement s'engage dans la lutte contre les violences sexuelles - ce qui semble être le cas, du moins au provincial -, il n'en demeure pas moins qu'un signal très fort doit impérativement venir des universités. Surtout, celles-ci ne doivent pas donner comme excuse d'attendre des directives ou des fonds venant de Québec pour justifier un certain laxisme dans la prise d'actions concrètes.

Il existe de fait une multitude d'initiatives qui, réunies, peuvent éventuellement faire une différence sur un campus; aux universités d'agir et d'en implanter le plus rapidement possible. Aux États-Unis, des formations comme le « Can I kiss you? » sont offertes à des milliers d'étudiants chaque année pour traiter du consentement, du support à apporter aux victimes de violences sexuelles ou encore des gestes qui peuvent être posés pour prévenir ou stopper de telles actions, par exemple lors de rencontres sociales. L'Université Bishop's offre depuis septembre dernier une formation obligatoire à tous les nouveaux étudiants (et aussi offerte à tous les autres) afin de leur donner des outils pour intervenir lorsqu'ils sont témoins de gestes préjudiciables à caractère sexuel. D'ici 4 ou 5 ans, tous les étudiants présents sur le campus lennoxvillois auront été concrètement sensibilisés à la question.

Les universités ont de tous les temps été des institutions à l'avant-garde de la société, voire des microsociétés en elles-mêmes. Institutions de haut savoir et modèles pour l'avancement social, il est tout à fait inacceptable qu'elles soient aujourd'hui des lieux où les femmes ne peuvent toujours pas se sentir complètement en sécurité. S'il y a bien un domaine dans lequel les universités doivent montrer l'exemple et battre le fer pendant qu'il est chaud, c'est celui du respect mutuel et de la primauté de l'intégrité physique. D'ailleurs, il serait opportun qu'au moins un des candidats à la course au rectorat de l'Université de Sherbrooke monte au front à cet égard et prenne position de façon claire et sans retenue. Une institution indépendante comme l'UdeS n'a pas à attendre et doit faire concrètement preuve de leadership dans ce dossier.

Un site web à consulter : www.harcelementsexuel.ca

Vincent Beaucher est enseignant en éducation à l'Université de Sherbrooke et à l'Université Bishop's.

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