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Denis Dufresne
La Tribune

(Sherbrooke) ÉDITORIAL / La décision du gouvernement du Québec de ne plus accepter de nouvelles demandes pour le parrainage privé de réfugiés à compter du 27 janvier, en raison d'un trop grand nombre de dossiers en attente, démontre l'urgence de revoir un programme de parrainage collectif visiblement déficient.

En fait, Québec doit l'adapter à la nouvelle réalité d'un monde où de plus en plus de personnes sont déplacées en raison de conflits et de persécutions en accélérant le traitement des demandes, de concert avec Ottawa.

L'idée de fermer la porte à des personnes qui vivent dans des conditions très difficiles, même temporairement, n'a rien de bien glorieux.

Plusieurs organismes et familles d'accueil sont plongés dans l'incertitude; elles ignorent où en sont rendus les dossiers des personnes ou des familles qu'elles parrainent et quand celles-ci pourront venir au Québec.

Cette situation est d'autant plus dramatique que les délais pour le traitement d'un dossier peuvent atteindre deux ans, voire trois.

Le ministère de l'Immigration, de la Diversité et de l'Inclusion a fixé à 4400 le maximum de personnes qui seront admises comme réfugiées parrainées ici en 2017.

Il s'agit d'un effort louable, mais 10 000 réfugiés (7000 Syriens) dont les demandes sont en cours de traitement au gouvernement fédéral attendent de pouvoir venir au Québec et le flot ne s'arrêtera pas.

Pourquoi a-t-on tardé à réagir?

Comme de nombreux autres organismes d'accueil, l'Église syriaque orthodoxe St-Éphrem de Sherbrooke n'a donc d'autre choix que de se plier à la décision gouvernementale, mais s'inquiète avec raison pour les 40 à 60 familles qu'elle avait prévu accueillir cette année.

Stephan Reichhold, directeur général de la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes, signale que le Québec est « un peu dépassé » par le nombre de dossiers, rappelant que l'État recevait auparavant 500 demandes de parrainage par année contre 5000 maintenant.

« Il faut donc réécrire le programme (...). Ce qu'on vise, c'est réduire les délais », dit-il.

La situation actuelle est paradoxale, voire cruelle, alors que le programme de parrainage privé est populaire au Québec et que le nombre de réfugiés atteint des sommets sans précédent dans le monde.

Le dernier rapport du HCR, l'Agence des Nations Unies pour les réfugiés, fait état de 65,3 millions de personnes déracinées dans le monde à la fin de 2015, incluant les déplacés internes, contre 59,5 millions un an plus tôt, en raison des conflits et des persécutions.

Depuis l'éclatement du conflit en Syrie, en 2011, ce pays génère le plus grand nombre de nouveaux réfugiés : en février 2016, le HCR avait comptabilisé 4,6 millions de réfugiés syriens dans les pays limitrophes, principalement en Turquie (2,5 millions) et au Liban (1,1 million).

L'Allemagne a quant à elle accueilli un million de demandeurs d'asile en 2015 et près de 300 000 en 2016, dont de nombreux Syriens et Irakiens.

Jusqu'ici, le Canada a reçu près de 40 000 réfugiés syriens (7400 au Québec), dont la majorité a été parrainée par des organismes ou des familles.

La crise de réfugiés fait certes moins parler d'elle, mais l'horreur se poursuit.

Le Canada et le Québec ont la responsabilité morale d'accueillir davantage de personnes victimes de la guerre et des atrocités commises par des groupes rebelles comme l'État islamique ou par des tyrans comme le président syrien Bachar Al-Assad.

Comment peut-on accepter que des êtres humains comme nous doivent vivre dans des camps de réfugiés pendant des années ou périssent en mer Méditerranée en tenant de rejoindre l'Europe?

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