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Pierre-Yvon Bégin

Collaborateur aux pages Opinions de La Tribune.

La Tribune

ÉDITORIAL / Qualifiés de crack électronique pour la dépendance qu'ils entraînent, les appareils de loterie vidéo (ALV) seront moins nombreux au Québec. Québec vient d'inviter Loto-Québec à retirer 1100 appareils d'ici deux ans, en particulier dans les zones où la population est défavorisée.

L'automne dernier, une enquête de La Presse+ a révélé que Loto-Québec ne respectait pas sa propre norme, soit un maximum de deux appareils par tranche de 1000 habitants. De fait, les journalistes ont démontré que la concentration dépasse jusqu'à trois fois la norme dans 48 municipalités au Québec, notamment à Montréal, Sainte-Adèle, Rivière-du-Loup, Joliette et plusieurs agglomérations en Abitibi. Selon Loto-Québec, sa limite équivaut à un ratio de 1,34 ALV par 1000 habitants. C'est en Estrie qu'on retrouverait le plus faible taux avec 1,17 appareil.

Depuis 2011, la société d'État dit utiliser un critère socio-économique pour déterminer les endroits où peuvent être installés des appareils. En principe, aucune machine ne pourrait donc être autorisée dans un quartier où le revenu de la population se retrouve sous le revenu médian des ménages québécois, soit 56 100 $. Ce critère est-il vraiment respecté à Sherbrooke et en Estrie?

Les experts en santé publique se réjouissent évidemment de la décision de Québec. Ils applaudissent également une nouvelle mesure qui obligera les tenanciers de bars à mettre les guichets automatiques hors de vue des joueurs. Quand ces derniers peuvent utiliser leurs cartes de crédit pour retirer de l'argent pour aussitôt le miser dans les machines à sous, on comprend facilement que la notion de jeu responsable est absente. Constatation faite jeudi dernier dans un établissement à Longueuil, un guichet automatique se trouvait encore à portée de main des joueurs. À l'évidence même, la surveillance devra aussi être resserrée.

« Plus on les éloigne, plus on donne la chance à certains joueurs de sortir de cet état hypnotique qui les empêche d'anticiper les conséquences », a confié à La Presse+ la professeure de psychologie Louise Nadeau. Celle-ci s'étonne d'ailleurs du fait que Québec demeure muet au sujet du danger intrinsèque des ALV, conçus entre autres pour maquiller des pertes en gains. « Si on dit que le jeu doit rester un jeu, ajoute-t-elle, ces machines devraient être programmées comme tel, et non pour leurrer le cerveau. »

L'enquête de La Presse+ a également révélé qu'un restaurateur montréalais bien connu serait le monarque absolu des machines. Il possède 54 licences et un total de 225 appareils, ce qui lui permettrait d'empocher la rondelette somme de 4 M$ en redevances chaque année. Au palmarès des principaux détenteurs d'ALV, deux hommes d'affaires de Sherbrooke arriveraient au second rang avec pas moins de 41 licences et 205 appareils. Leurs revenus totaliseraient 3,5 M$ en tenant compte de la moyenne de Loto-Québec.

À la suite de l'adoption de la loi 74, Québec, et non plus Loto-Québec, déterminera à l'avenir les critères d'attribution des appareils. Les partis d'opposition ont sans doute raison de réclamer un examen approfondi de leur gestion par le Vérificateur général ou une commission parlementaire. La surveillance des établissements apparaît pour le moins déficiente et le nombre d'appareils très élevé. Devrait-on aussi fixer une quantité maximale de permis par détenteur?

Le Québec est décrit par les experts comme l'exemple à ne pas suivre. Après la prochaine purge, on retrouvera quand même 10 000 ALV. C'est encore beaucoup considérant que les 60 millions de Français n'ont accès qu'à 23 000 machines, et ce, uniquement dans les casinos.

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