Le sort des plus démunis

ÉDITORIAL / Si l'État québécois décidait de s'attaquer réellement à la pauvreté... (Archives, La Presse)

Agrandir

Archives, La Presse

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Denis Dufresne
La Tribune

(Sherbrooke) ÉDITORIAL / Si l'État québécois décidait de s'attaquer réellement à la pauvreté et d'être plus généreux, il devrait aider en priorité les personnes seules et les couples sans enfants prestataires de l'aide sociale.

Avec un revenu annuel de 9192 $, un prestataire de l'aide sociale couvre à peine la moitié de ses besoins de base, d'après la Mesure du panier de consommation (MPC) de Statistique Canada (les biens et services permettant un niveau de vie de base).

Un couple sans enfants ne fait guère mieux avec des prestations de 13 355 $ puisqu'il ne couvre que 54 % de ses besoins de base.

En revanche, les personnes seules et les couples sans enfants avec un seul revenu au salaire minimum de 10,75 $ l'heure parviennent à couvrir leurs besoins de base, mais sont loin de rouler sur l'or.

Deux études présentées jeudi par les fiscalistes Suzie St-Cerny et Luc Godbout, de la Chaire en fiscalité et en finances publiques de l'Université de Sherbrooke, font le point sur les mesures de soutien minimal de l'État et la situation des travailleurs au salaire minimum.

Sans prendre position pour ou contre une hausse du salaire minimum à 15 $ l'heure, comme le réclament les syndicats et groupes communautaires, les auteurs évaluent d'abord ce qui « reste dans la poche des ménages ».

Un constat de base : les personnes qui s'en tirent le mieux sont les couples avec enfants, qu'ils soient prestataires de l'aide sociale ou travailleurs au salaire minimum.

Les initiatives mises en place par les gouvernements depuis une quinzaine d'années pour sortir les enfants de la pauvreté, bonification des prestations pour enfants, crédits d'impôt, mesures pour frais de garde, etc., ont permis d'améliorer le sort de ces ménages.

Par exemple, un couple bénéficiaire de l'aide sociale avec deux enfants reçoit en tout 29 264 $ par année, ce qui lui permet de couvrir 83 pour de ses besoins de base, dit l'étude.

Parallèlement, deux conjoints avec enfants travaillant au salaire minimum ont un revenu disponible de 51 000 $ et couvrent ainsi plus que leurs besoins de base (147 %), toujours selon les chiffres cités par les auteurs.

On peut toutefois rappeler que nombre de personnes rémunérées au salaire minimum travaillent à temps partiel, même si elles voudraient travailler à temps plein. De plus, 40 pour cent des personnes au salaire minimum ont 25 ans et plus, tandis que les femmes représentent 54 pour cent de ce groupe.

Comment améliorer le sort des bas salariés, tout comme celui des personnes seules et des couples sans enfants sur l'aide sociale ?

Les deux auteurs estiment qu'avant de mettre en place un revenu minimum garanti, il faut tenir compte de différentes mesures : prime au travail, crédit de solidarité et impôt négatif, par exemple.

Pour eux, le principal défi sera d'intégrer toute nouvelle mesure à ce qui existe déjà.

Éliminer l'aide sociale, la prime au travail et le crédit de solidarité afin de dégager les fonds nécessaires à la mise en place d'un revenu minimum « pourrait conduire à bon nombre de gagnants et de perdants », préviennent-ils.

Chose certaine, une réflexion s'impose.

Le Québec a certes fait des progrès pour sortir les enfants du dénuement, mais 15 pour cent des ménages québécois vivent toujours sous le seuil de la pauvreté.

Le gouvernement Couillard, qui vient de réduire les prestations d'aide sociale pour les premiers demandeurs aptes au travail qui refuseraient un emploi, ne s'est guère illustré par son sens de la compassion au cours des dernières années.

En fait, s'intéresse-t-il au sort des plus démunis ?

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer