Déshonneur militaire

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Denis Dufresne
La Tribune

(Sherbrooke) ÉDITORIAL / Un an et demi après le rapport accablant de l'ex-juge de la Cour suprême Marie Deschamps sur l'inconduite sexuelle dans les Forces armées canadiennes et le lancement de l'opération « Honneur », destinée à attaquer le problème, une enquête de Statistique Canada démontre que rien ou si peu a changé.

Visiblement, des mesures plus coercitives s'imposent pour éliminer les comportements inappropriés, d'autant plus qu'il faudra encore une décennie pour parvenir à un « changement de culture », selon le chef d'état-major Jonathan Vance.

L'enquête, commandée par M. Vance et dévoilée lundi, porte un nouveau coup de massue aux forces armées : elle démontre que 960 militaires, en grande majorité des femmes, ont été victimes d'agressions sexuelles sur une période d'un an, ce qui représenterait un taux deux fois plus élevé que dans la population civile.

En outre, plusieurs de ces agressions ont mis en cause des sous-officiers supérieurs.

Cette situation porte non seulement atteinte à la réputation des forces armées, mais heurte de plein fouet les principes de confiance et de solidarité entre les membres, des valeurs fondamentales chez les militaires.

La « chaîne de commandement » doit faire beaucoup plus pour donner confiance aux victimes d'agression, les inciter à porter plainte et mettre fin à l'impunité, voire à une forme de complaisance, quitte à congédier les militaires délinquants.

Et à cet égard, le premier ministre Justin Trudeau, grand défenseur de l'égalité homme femme et des LGBT, est directement interpellé.

L'affaire n'est pas nouvelle : dans son rapport d'avril 2015, l'ex-juge Marie Deschamps écrivait que les forces armées avaient un sérieux problème de harcèlement et d'agressions sexuelles, doublé d'une culture du silence et d'un manque de confiance dans le système de traitement des plaintes.

Elle ajoutait qu'un pourcentage élevé de cas n'étaient pas signalé, que les subalternes estimaient que les membres de la chaîne de commandement excusaient les comportements inappropriés et que les services d'aide aux victimes ne répondaient pas au besoin.

Autrement dit, la peur de dénoncer, d'être perçu comme une personne faible ou non crédible fait en sorte que bon nombre de cas ne figurent pas dans les statistiques.

Selon Rémi Landry, professeur à l'École de politique appliquée de l'Université de Sherbrooke et lieutenant-colonel à la retraite, il faut « plus que jamais dire que c'est tolérance zéro et faire des exemples; on est en train d'affaiblir le moral des troupes et il y aura bientôt un déploiement en Afrique avec l'ONU ».

En juin 2015, le chef libéral Justin Trudeau avait dénoncé l'ex-chef d'État major, Tom Lawson, qui avait déclaré que les hommes étaient en quelque sorte programmés biologiquement pour avoir des pulsions les poussant à l'inconduite sexuelle. Rien de moins!

Son successeur, Jonathan Vance, avait pris les choses nettement plus au sérieux et déclaré que l'inconduite sexuelle devait « prendre fin maintenant », affirmant en faire une priorité institutionnelle avec la mise en place de l'opération « Honneur ».

Celle-ci comportait des mesures immédiates pour améliorer l'aide aux victimes, une formation intégrée dans le parcours professionnel des officiers, des soldats, des ouvriers, des techniciens et des employés de bureau.

Elle visait aussi une amélioration de l'expertise et de l'efficacité du processus d'enquête.

Un an plus tard, on constate encore un nombre effarant de cas recensés d'agressions en dépit du mot d'ordre lancé par le général Vance à son entrée en fonction et des menaces de sanctions plus sévères.

Les forces armées canadiennes n'ont certes pas le monopole du mépris des femmes et d'une « sous-culture » qui banalise le viol, mais le problème est tel chez nos militaires qu'il faut des actions beaucoup plus décisives et rapides.

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