État d'une lune de miel

ÉDITORIAL / Plus d'un an après son élection, Justin Trudeau jouit toujours... (La Presse Canadienne)

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Pierre-Yvon Bégin

Collaborateur aux pages Opinions de La Tribune.

La Tribune

ÉDITORIAL / Plus d'un an après son élection, Justin Trudeau jouit toujours d'une lune de miel auprès de l'électorat. Les choses pourraient changer. La semaine dernière, le quotidien The Globe and Mail révélait que de riches hommes d'affaires chinois ont payé 1500 $ chacun pour le rencontrer. Si cette pratique n'a rien d'illégal, elle est d'autant immorale qu'elle contrevient aux règles édictées par Trudeau lui-même.

En mai dernier, le premier ministre a participé à un dîner de financement dans la résidence d'un riche homme d'affaires torontois. L'un des invités attendait alors l'approbation fédérale afin de créer une banque chinoise au Canada. Une autorisation « provisoire », a-t-on répliqué au cabinet du ministre des Finances, avait été préalablement accordée par le gouvernement précédent. L'autorisation a finalement été délivrée en juillet.

Un autre homme d'affaires présent à ce dîner a versé un don de 1 M$ à la faculté de droit de l'Université de Montréal et à la Fondation Pierre-Elliott Trudeau. Toujours rien d'illégal, et Trudeau fils a pris soin de préciser qu'il n'avait plus aucun rapport avec cette fondation.

C'est vrai, sauf qu'il est difficile d'imaginer que ce don est purement désintéressé et que le philanthrope chinois ne s'attend pas à un retour d'ascenseur. Pour soustraire les membres de son gouvernement aux pressions extérieures, Justin Trudeau a émis des directives très strictes au lendemain de son élection. Il exigeait entre autres qu'aucun accès préférentiel au gouvernement, ou apparence de, ne devait être accordé à des particuliers ou organismes en échange de contributions.

Justin Trudeau prête ainsi flanc à la critique. Il doit se ressaisir et mettre fin rapidement à ces dîners-bénéfices réservés à de généreux donateurs. La population a compris qu'un financement public d'une quinzaine de millions par année est mille fois préférable aux contributions privées. Au seul souvenir du scandale des commandites, le premier ministre devrait réaliser qu'il aurait tout intérêt à mettre ses troupes à l'abri d'influences extérieures.

De passage à Madagascar pour le Sommet de la Francophonie, Justin Trudeau s'est porté à la défense des droits des homosexuels et des femmes. Dans certains pays de la francophonie, a-t-il dénoncé, des femmes n'ont toujours pas accès à l'avortement et sont soumises à des mutilations génitales. Il lui appartient maintenant de soutenir ces positions en liant l'aide internationale du Canada à leur respect.

Le Sommet a par ailleurs repoussé l'adhésion de l'Arabie saoudite à l'Organisation internationale de la Francophonie. Après un quiproquo, le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, y a pour sa part soutenu que cette candidature « n'est pas recevable ». Le premier ministre aurait d'ailleurs utilisé l'exemple de Raïf Badawi pour soulever l'accroc de ce pays aux droits de l'homme.

Amnistie internationale a raison de demander à Justin Trudeau d'accentuer publiquement la pression sur Riyad tout en reconnaissant les mérites d'une habile diplomatie. C'est de cette façon que le blogueur, renommé malgré lui, pourra enfin retrouver les siens à Sherbrooke.

Castro

Fidel Castro a rendu l'âme. Après avoir louangé le défunt, Justin Trudeau a dû rajuster le tir en admettant que l'ex-président cubain était aussi un dictateur. Cette réaction hâtive et peu mesurée dénote un manque d'expérience. Elle n'est pas pire que celle de Ben Harper, fils de Stephen, qui a déclaré que Castro était un monstrueux leader et que le monde se portera mieux sans lui. Le monde tourne. Un dictateur disparaît et un nouveau se pointe à l'horizon. La nature a vraiment horreur du vide.

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