Quel est votre objectif, M. Barrette?

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(Sherbrooke) Monsieur le ministre de la Santé, quel est votre objectif réel? Une meilleure accessibilité aux soins en réduisant les coûts ou plutôt transférer le plus d'activités possible au privé?

Les pharmaciens ont signé une entente avec vous et ont accepté de faire un effort de 400 millions $. En retour, déplafonnement sans condition des allocations professionnelles qui sont des rabais consentis par des fabricants de médicaments génériques, comme un escompte au volume consenti par RONA à un entrepreneur, avec la différence que le pharmacien doit réinvestir cet escompte dans sa pharmacie pour en faire bénéficier ses patients. Comme le pharmacien est régit par un code de déontologie et surveillé par le syndic de l'Ordre des pharmaciens du Québec, ce qui revient à dire que la GRC peut aller se rhabiller, vous êtes certains que jamais le bien-être d'un patient ne sera lésé au profit d'une quelconque allocation.

Par cette entente le ministre a commencé à récupérer 400 millions directement des poches des pharmaciens et va économiser également dans le futur par la baisse des honoraires des pharmaciens et cela ne lui a rien coûté, car les pharmaciens seront compensés par les compagnies de médicaments génériques. Par contre, en reniant cette entente, le ministre s'est fait signaler un avis de différend par Me Lucien Bouchard, engagé par l'Association québécoise des pharmaciens propriétaires (AQPP) et, n'eût été la grève des juristes, le Dr Barrette aurait déjà comparu devant les procureurs. Quand les pharmaciens vont gagner, le ministre devra rembourser les pharmaciens pour les pertes encourues et ce sera 150 ou 200 millions $ qui viendront directement des coffres du Trésor... (...)

Est-ce que le pseudo objectif d'accessibilité aux soins est atteint? Non, et c'est sans parler de toutes les autres sphères de la santé qui ont goûté à la sauce Barrette. Avec ces coupes et toutes ces entourloupettes, des pharmacies ont fermé, des employés ont été mis à pied, les heures d'ouverture des pharmacies ont été réduites.

Et l'objectif bidon de réduction de coût? Tout bon entrepreneur sait que, quand son entreprise va mal, il peut injecter des millions de dollars. Mais sans restructuration, cela ne changera rien. Le ministre aurait tout intérêt à écouter tous les intervenants du milieu et les solutions viendraient naturellement. Mais non, ce cher Gaétan connaît tout, vient aux réunions mal préparé et se fout de nous. Les pharmaciens ont fait des tonnes de suggestions et en ont beaucoup d'autres à faire, mais, pour cela, il faudrait y avoir une ouverture de notre interlocuteur.

Saviez-vous que le fameux DSQ (dossier santé du Québec) aurait coûté près de 2 milliards $ lorsqu'il sera achevé en 2021? Au départ, les principales compagnies de logiciels qui s'occupent des pharmaciens avaient offert de se servir de leurs bases de données actuelles pour faire une plateforme fonctionnelle et que cela n'aurait coûté que des « peanuts »? Solution rejetée! Maintenant, on doit composer avec un DSQ complètement dysfonctionnel, ce qui fait que les médecins et infirmières nous appellent en moyenne 15 à 20 fois par jour pour avoir des précisions sur des dossiers patients. Après maintes discussions avec des confrères médecins, il apparaît qu'environ une demi-heure par jour est gâchée en appels de toutes sortes, de vérifications de dossiers, de temps perdu inutilement. Une demie-heure, c'est 30 minutes, et à 10 minutes par consultation c'est trois patients par jour de plus qu'un médecin pourrait voir, à 10 000 médecins de famille au Québec, c'est 30 000 consultations de plus par jour. (...)

Des solutions, il y en a plein, mais de dire qu'on a éliminé 15 appels médecin-pharmacien par jour c'est beaucoup moins glorifiant que de crier haut et fort, « j'ai récupéré 400 millions $ des poches des pharmaciens », mais le bénéfice pour le patient est dans la première affirmation. Je me demande si Gaétan Barrette, médecin, se souvient de son code de déontologie qui stipule que l'intérêt du patient doit primer sur tout.

On donne de nouveaux actes aux pharmaciens et quand ils prennent en charge un patient et prolongent sa médication pour une maladie chronique, la consultation médicale qui était payée par la RAMQ est maintenant payée par l'assurance médicament et le patient doit en payer une partie. Gratuité des soins? Bien non! Le ministre dira ensuite que le coût de l'assurance médicament a augmenté... Bravo! (...).

Passons sous silence également l'économie générée par l'acte du pharmacien qui économise une visite médicale au cinquième du coût. Passons également sous silence le nombre de patients qu'on a évité d'envoyer à l'urgence seulement pour faire renouveler leur médication, car ils n'ont pas de médecin de famille.

Crions également haut et fort que les piluliers coûtent cher, quand on sait que le pharmacien ne fait pas une cenne sur un pilulier si on compte les frais de fabrication-modifications-fournitures. Mais le Règlement sur les conditions d'obtention d'un certificat de conformité d'une résidence privée pour aînés a rendu son utilisation obligatoire s'il n'y a pas de personnel infirmier 24/24. Avec une population vieillissante et un objectif de maintien à domicile, les piluliers génèrent des millions de dollars en économie grâce au travail des pharmaciens.

Sans parler de la transparence des factures demandée aux pharmaciens uniquement. Les assureurs privés pourront à leur guise diriger (dixit ministre) les patients vers les pharmacies les moins chères. De cette manière l'assuré fera 20 km pour y aller!

Le premier ministre Philippe Couillard endosse les agissements du véritable chef du Parti libéral, soit Gaétan Barrette! L'intérêt public est vraiment bien servi. (...)

Philippe Leng, pharmacien propriétaire, Richmond

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