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Denis Dufresne
La Tribune

(Sherbrooke) ÉDITORIAL / Malgré les bonnes intentions exprimées l'an dernier quant à la mise en oeuvre des recommandations de la commission Charbonneau, le gouvernement Couillard a donné suite à peine au tiers des mesures suggérées ce qui, compte tenu des constats très troublants sur la collusion, la corruption dans l'octroi de contrats publics et le financement politique illégal.

Cela n'a rien de rassurant et est à la limite insultant pour les contribuables à qui cette commission a coûté 44,8 millions $.

Un an après le dépôt du volumineux rapport et de ses 60 recommandations, le comité de suivi de la commission Charbonneau est sans équivoque : « malgré quelques avancées, le travail accompli jusqu'à maintenant est insatisfaisant et le gouvernement doit faire mieux ».

En politique, dit-on, tout est une question de perception.

La plupart des recommandations nécessitent il est vrai des modifications législatives et réglementaires, ce qui représente beaucoup de travail.

Mais le manque de célérité des libéraux envoie un message ambigu aux Québécois en raison de l'ampleur des systèmes de collusion et de corruption mis au jour par la commission, impliquant des entreprises, des organisateurs politiques, des élus et le crime organisé.

Le premier ministre Philippe Couillard a beau marteler que son gouvernement est blanc comme neige et qu'il est un exemple de probité, on attend des gestes décisifs.

À moins, bien sûr, qu'il s'imagine que les Québécois sont à ce point désabusés qu'ils n'espèrent plus rien de leur gouvernement.

Selon le rapport du comité de suivi déposé mercredi, Québec a mis en oeuvre quelques recommandations, notamment en ce qui a trait aux règles de financement des partis politiques et à l'imputabilité des chefs de parti.

Mais dans bien des cas, constate le comité, les mesures proposées ne vont pas assez loin ou ratent leur objectif, entre autres pour ce qui est de la protection des lanceurs d'alerte, du maintien de la structure du comité consultatif du Directeur général des élections, composé essentiellement d'élus et de représentants des partis politiques, et du manque d'efforts pour augmenter l'expertise interne du ministère des Transports.

Le comité estime également que l'Autorité des marchés publics, créée par le gouvernement Couillard, « n'a ni l'indépendance, ni les pouvoirs, ni la portée nécessaire » pour améliorer la gestion des contrats publics.

Il déplore également l'absence d'efforts pour s'assurer de l'intégrité des entreprises dans lesquelles investissent la Caisse de dépôt et placement du Québec, Investissement Québec et les fonds de travailleurs.

Les révélations de l'émission Enquête au sujet de malversations à la Société immobilière du Québec (SIQ) impliquant un ancien collecteur de fonds libéral associé à la campagne électorale du Philippe Couillard en 2007, sous le gouvernement Charest, tout comme celles de la Coalition avenir Québec selon lesquelles la SIQ a accordé des contrats sans appel d'offres à une entreprise présidée par Marc Bibeau, « grand argentier » du Parti libéral au début des années 2000, démontrent pourtant l'importance d'agir.

Devant un bilan si maigre, les Québécois peuvent au moins se dire que l'UPAC poursuit ses enquêtes et que l'ex-ministre Nathalie Normandeau, tout comme l'ancien démarcheur de la firme de génie-conseil Roche et libéral notoire, Marc-Yvan Côté, accusés notamment de complot et de fraude, devraient subir leur procès.

Si on veut convaincre les Québécois que la commission Charbonneau permettra de mettre fin à la collusion et à la corruption dans l'octroi de contrats publics, le gouvernement Couillard doit impérativement donner suite à ses 60 recommandations.

En matière d'intégrité et de lutte à la corruption, le message doit venir du sommet, donc du gouvernement.

Malheureusement, ce dernier manque visiblement de conviction.

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