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Denis Dufresne
La Tribune

(Sherbrooke) ÉDITORIAL / La 100e vigile pour la liberté d'expression et la libération du blogueur saoudien Raïf Badawi, ce soir, offre l'occasion de saluer le courage et la détermination des Sherbrookois qui se rassemblent ainsi chaque semaine depuis près de deux ans devant l'hôtel de ville et qui nous offrent une leçon d'humanité.

Malgré l'absence de résultat concret jusqu'ici, cette initiative démontre que seule la mobilisation populaire permet de rappeler le triste sort de ce jeune homme dont la famille vit à Sherbrooke et de maintenir la pression sur le gouvernement canadien afin qu'il intercède en sa faveur auprès de l'Arabie saoudite, une monarchie pétrolière qui affiche l'un des pires bilans en matière de droits de la personne et où sévit un courant fondamentaliste de l'islam.

L'élection l'an dernier du gouvernement libéral avait soulevé beaucoup d'espoir, suivi d'une certaine déception, au point d'inciter sa conjointe Ensaf Haidar à interpeller directement le premier ministre Justin Trudeau pour qu'il s'implique personnellement et demande la libération de ce prisonnier d'opinion incarcéré depuis juin 2012 pour « insulte à l'islam ».

On peine à imaginer la souffrance et l'anxiété que vivent Ensaf et ses trois enfants.

Pour l'heure, ils peuvent au moins compter sur un mouvement d'appuis à travers le monde, les pétitions et les organismes comme Amnistie internationale.

Le ministre canadien des Affaires étrangères, Stéphane Dion, a toujours affirmé prendre à coeur le dossier du jeune homme et soulever son cas chaque fois qu'il rencontre un responsable saoudien.

Au début de ce mois-ci, il a d'ailleurs abordé la situation de M. Badawi lors de la visite à Ottawa du président de la Commission des droits de l'homme de l'Arabie saoudite, Mohammed al-Aiban. Le résultat s'il y en a un? On l'ignore.

Il faut reconnaître que le cas de Raïf Badawi est complexe.

D'abord, le régime en place à Ryad ne reconnaît pas le gouvernement d'Ottawa comme interlocuteur puisque M. Badawi n'est pas citoyen canadien.

De plus, le régime considère la charia comme au-dessus des droits et des traités internationaux. Rien de moins.

L'Arabie saoudite impose une forme de totalitarisme islamiste où on torture et exécute les personnes impliquées dans des affaires de terrorisme, de meurtre, de vol ou de trafic de drogue et où on enferme les dissidents sans véritable procès.

Malgré cela, le royaume saoudien, décrit comme « un Daesh qui a réussi » par l'auteur et journaliste algérien Kamel Daoud, a de très bonnes relations avec les nations occidentales comme la France, les États-Unis et le Canada.

Ottawa considère d'ailleurs ce pays comme un partenaire commercial et stratégique pour la sécurité du Moyen-Orient au point de lui avoir vendu l'an dernier pour 14 milliards $ de blindés légers.

La France a même remis la Légion d'honneur au prince héritier Mohammed Ben Nayef!

Plus inconcevable encore, le Conseil des droits de l'homme de l'ONU a nommé l'an dernier l'Arabie saoudite à la tête d'un groupe consultatif, une mascarade dénoncée par Amnistie internationale et Human Rights Watch qui sape l'autorité morale de cette institution.

On comprend que la diplomatie est un jeu subtil où il ne faut pas froisser son interlocuteur, mais le déni, voire l'hypocrisie, d'un Occident défenseur des droits de la personne face à l'Arabie saoudite est incompréhensible.

Mais on ne peut abandonner Raïf Badawi.

Il faut espérer que les pressions internationales pour le faire libérer, la mobilisation des citoyens et les interventions - très discrètes - du Canada finiront par donner quelque chose et qu'un jour, prochain souhaitons-le, le jeune homme retrouvera les siens à Sherbrooke.

L'espoir fait vivre, dit-on.

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