Loi 70: j'ai honte d'être québécoise

Lorsque j'ai entendu à la radio que la loi 70 était bel et bien adoptée, j'ai... (Archives La Tribune, Jessica Garneau)

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Lorsque j'ai entendu à la radio que la loi 70 était bel et bien adoptée, j'ai ressenti une grande peine à l'intérieur. J'ai immédiatement pensé à un jeune adulte qui m'est cher : que va-t-il lui arriver et comment va-t-il faire pour vivre avec 399 $ par mois; ce n'était déjà pas facile avec 600 $.

Lorsque j'ai entendu à la radio que la loi 70 était bel et bien adoptée, j'ai ressenti une grande peine à l'intérieur. J'ai immédiatement pensé à un jeune adulte qui m'est cher : que va-t-il lui arriver et comment va-t-il faire pour vivre avec 399 $ par mois; ce n'était déjà pas facile avec 600 $. Va-t-il tomber dans la délinquance, le vol, le trafic de drogue pour pouvoir manger? Une grande inquiétude s'est emparée de moi pour lui et pour tous les autres qui vivent la même situation que lui. J'ai par la suite ressenti un sentiment de rage : comment un gouvernement peut-il s'en prendre aux plus démunis de notre société? Il a accumulé des milliards en procédant à des coupes budgétaires en santé, en éducation, en ressources aux plus démunis. Et comme si ce n'était pas suffisant, il s'en prend encore une fois au plus démuni de notre société.

Au lendemain de l'adoption de cette loi, après une nuit agitée, mes émotions sont toujours aussi intenses : peine, inquiétude, colère et honte. Honte de faire partie d'une société qui s'en prend aux plus pauvres, honte de lire certains commentaires de personnes qui jugent et placent tout le monde dans le même panier, honte qu'on ne prenne pas le temps de comprendre la souffrance que beaucoup de ces jeunes ont vécue et vivent encore. Honte à notre gouvernement!

Les maudits « BS », ils ont juste à se prendre en main, qu'ils aillent travailler, ce sont des fainéants, des paresseux, des petits délinquants, des petits drogués qui profitent du système, c'est toute une gang de bougons et de « crosseurs ». Comme un boulet pour la société qui ne sert à rien. Si tu ne rapportes rien, tu ne sers à rien, alors prends-toi en main et va travailler sinon on te coupe ton chèque. Ben bon, ben contente, il était temps que le gouvernement fasse quelque chose pour cette gang de pas bons là, bravo à notre gouvernement.

Il est vrai que certains reçoivent de l'aide sociale et profitent du système. Ça me fait penser aussi qu'il y a plusieurs riches qui profitent du système avec les abris fiscaux, avec des déductions qui leur permettent de ne pas payer leurs impôts. Peut-on penser qu'ils ne font pas leurs justes contributions à la société? Sont-ils aussi inutiles dans notre société? Pourtant, on dit que si tu ne rapportes pas à la société, tu ne sers à rien, mais là il semble que ce ne soit pas la même chose!

Je reviens à mes jeunes démunis à qui on dit d'aller travailler. C'est une bonne idée, mais peut-on penser que plusieurs de ces jeunes ne sont pas rendus à la même place dans la vie? Qu'ils ont vécu et vivent encore des problèmes, parfois de consommation, parfois de trouble psychologique, qui ne sont pas nécessairement diagnostiqués, de dévalorisation, de rejet, d'estime d'eux même et qui vivent de la honte d'être sur l'aide sociale, mais qui n'ont pas de ressources. Qu'ils se retrouvent à 21 ans et qu'ils n'ont rien à mettre dans leur CV et ont la certitude que personne ne va les embaucher, et ils ont raison. Ces jeunes ont besoin d'aide avant d'être capables d'arriver sur le marché du travail, de soutien afin de régler leurs problèmes, de retrouver leur estime, leur assurance de se valoriser et de croire en leur capacité. Et pour ça, ils ont besoin de ressources pour les amener jusque-là. Mais les ressources sont devenues une denrée rare, car notre cher gouvernement Couillard leur a aussi enlevé cette possibilité avec ses coupes budgétaires dans tout ce qui est communautaire.

Que va-t-il arriver à nos jeunes? Que veut-on pour eux en leur coupant le peu qu'ils ont? Les mener à la criminalité, le vol, le trafic de drogue, la prostitution, la prison et le suicide? Et ça pendant que nos élus et nos biens nantis continuent de s'enrichir et, fort probablement, préparent leur bonus de Noël. Il n'y a pas de risque à s'en prendre aux plus démunis, eux qui ne croient tellement plus au système qui, de toute façon, ne votent pas. Alors aucun risque de perdre des votes.

Aujourd'hui, peut-être que ces jeunes ne contribuent pas. Mais avec l'aide et les moyens nécessaires, ce sont peut-être eux qui contribueront le plus dans le futur. Nous n'avons pas le droit de les abandonner, il faut leur donner espoir et croire en eux.

Avant de porter des jugements, j'invite les gens à aller constater que la misère n'est pas si loin de nous, comme je l'ai fait lors de la Nuit des sans-abri.

Comme je me sens impuissante devant tout ce que le gouvernement fait depuis deux ans, il ne me reste que ma voix pour exprimer la tristesse que je ressens.

Marlene Carbonneau

Mère de 4 enfants

Sherbrooke

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