La faim gagne du terrain

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Denis Dufresne
La Tribune

(Sherbrooke) ÉDITORIAL / À nouveau cette année, Banques alimentaires Canada sonne l'alarme : le nombre de demandes de dépannage alimentaire augmente au Québec et au Canada, une situation inadmissible dans une société riche, que les gouvernements semblent incapables d'attaquer de front.

Selon les données colligées auprès d'organismes comme Moisson-Estrie, le réseau Banques alimentaires Canada dresse un bilan inquiétant pour l'année 2015-2016 avec une progression des demandes d'aide alimentaire de 5,4 pour cent au Québec, ou 100 000 requêtes de plus par mois, pour atteindre cette année un total de 1,8 million de demandes par mois.

Les demandes d'aide alimentaire ont augmenté de 23 pour cent depuis 2008 au Québec.

Moisson-Estrie enregistre une hausse de 10,8 pour cent des demandes d'aide directe de la population de Sherbrooke entre mars 2015 et mars 2016, la période de référence pour Banques alimentaires Canada, tandis que les organismes auxquels elle redistribue des aliments ont observé une progression de 4 pour cent durant cette période.

Moisson Mauricie/Centre du Québec enregistre pour sa part un bond de 22 pour cent.

Le bilan québécois démontre que la clientèle des banques alimentaires est composée à 45,5 pour cent de personnes seules, à 23 pour cent de familles biparentales, à 20 pour cent de mères monoparentales et à 12 pour cent de couples sans enfants, un portrait qui est similaire à celui de l'Estrie, indique Geneviève Côté, directrice de Moisson Estrie.

D'autre part, les retraités constituent 7 pour cent de la clientèle des banques alimentaires... une belle récompense pour une vie de travail.

La hausse du coût des aliments est certes l'une des causes de l'augmentation du nombre de demandes d'aide alimentaire.

Mais, phénomène encore plus préoccupant, bien que 61 pour cent de la clientèle des banques alimentaires soit bénéficiaire de l'aide sociale, de plus en plus de ménages avec un revenu d'emploi doivent avoir recours au dépannage direct pour se nourrir convenablement.

La proportion atteint 11 pour cent pour l'ensemble de la province, 5,7 pour cent en Mauricie/Centre-du-Québec, 7,8 pour cent en Estrie et 15,8 pour cent en Beauce, le plus haut taux au Québec.

Tout cela démontre une fois de plus qu'on ne peut se sortir de la pauvreté en travaillant 35 ou 40 heures par semaine au salaire minimum de 10,75 $ l'heure, ce qui est proprement scandaleux.

Autre problème : la pénurie d'aliments qui affecte près de la moitié des banques alimentaires de la province, ce qui les oblige à être plus restrictives.

« Quand on manque de denrées, on doit limiter l'accessibilité, lorsqu'on en a plus on peut aider plus de gens et mieux », illustre la directrice de Moisson Estrie.

L'adoption du projet de loi 70, qui prévoit une diminution de la prestation mensuelle d'aide sociale pour les nouveaux demandeurs aptes au travail qui refuseront de participer à un programme d'intégration à l'emploi, inquiète également les organismes de dépannage alimentaire.

Avec raison, jusqu'à un certain point, puisque cette mesure pourrait amener en situation de précarité des personnes qui, par exemple, doivent s'occuper d'un proche malade, ont la garde d'enfants en bas âge ou vivent des problèmes de toxicomanie.

En 2002, le gouvernement du Québec s'était donné une ambitieuse stratégie de lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale, dont le bilan en 2013 avait été plutôt mitigé.

Trois ans plus tard, alors que près de 15 pour cent des ménages vivent sous le seuil de la pauvreté, on attend toujours un véritable plan pour lutter contre les inégalités et assurer la sécurité financière des individus. Mais en a-t-on la volonté?

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