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Denis Dufresne
La Tribune

(Sherbrooke) ÉDITORIAL / Deux enjeux majeurs ont fait l'actualité la semaine dernière : l'adoption du controversé projet de loi 70, qui resserre l'accès à l'aide sociale pour les premiers demandeurs, et le débat sur un rehaussement du salaire minimum.

Même si de prime abord il n'y a pas de lien direct entre ces deux questions, celles-ci renvoient directement à la notion de justice sociale, alors que ni la prestation d'aide sociale de base de 623 $ par mois ni le salaire minimum de 10,75 $ l'heure ne permettent de vivre convenablement.

Le projet de loi 70, la « Loi visant à permettre une meilleure adéquation entre la formation et l'emploi ainsi qu'à favoriser l'intégration en emploi », obligera les premiers demandeurs d'aide sociale à accepter un emploi « convenable » ou à suivre un plan d'intégration au marché du travail, sous peine de voir leurs prestations de base de 623 $ être réduites à 399 $ par mois.

Avec une telle contrainte, le programme Objectif emploi, doté d'une enveloppe de 20 millions $ sur cinq ans, devra répondre aux besoins d'une clientèle diversifiée et donner réellement accès à de la formation lorsque nécessaire.

On ne peut qu'être d'accord avec le ministre de l'Emploi et de la Solidarité sociale, François Blais, lorsqu'il dit qu'on ne peut laisser un jeune de 18 ans devenir prestataire de l'aide sociale sans au moins lui offrir un soutien basé sur ses capacités et ses besoins.

La meilleure façon de s'en sortir demeure l'acquisition de connaissances et de compétences, encore faut-il que la personne en ait la capacité et les moyens.

Toutefois, le fait de réduire les prestations d'aide sociale à 399 $ par mois est une mesure punitive qui risque de carrément pousser à la rue des individus qui ont déjà passablement de difficulté à s'intégrer au marché du travail et dans la société.

De plus, il faut rappeler que l'aide sociale n'est pas une politique d'emploi, mais une aide de dernier recours.

À cet égard, l'intention des libéraux de hausser le salaire minimum de façon significative l'an prochain, possiblement de 1 $, constitue un premier pas pour améliorer le sort des petits salariés, même si cela demeure loin des 15 $ réclamés par les syndicats.

Un salaire minimum qui permettrait de sortir de la pauvreté ne serait-il pas un bon moyen pour inciter les jeunes bénéficiaires de l'aide sociale à travailler?

On comprend que le but du projet de loi est de « réchapper » les jeunes aptes au travail qui se retrouvent à l'aide sociale. Mais il faut considérer le fait que ces personnes peuvent vivre des situations difficiles en lien avec la maladie d'un proche, la garde d'enfants en bas âge, des problèmes de violence familiale ou de toxicomanie.

Les syndicats, les groupes communautaires et des universitaires ont vertement dénoncé le projet de loi 70 estimant qu'il s'agit d'une attaque frontale contre les plus vulnérables et les droits sociaux.

Le Barreau du Québec et la Protectrice du citoyen ont émis de sérieuses réserves, notamment en ce qui a trait à la définition d'un emploi convenable, aux exigences du programme et aux recours des bénéficiaires en cas de contestation.

La Protectrice du citoyen a aussi demandé que l'on prenne en compte les besoins spécifiques de chaque participant, estimant que ce projet de loi « sans balises suffisantes laisse une trop large place au seul contrôle bureaucratique ».

Devant le refus du gouvernement Couillard de considérer les amendements demandés par les partis d'opposition, il faudra au minimum évaluer à court terme si le programme atteint ses objectifs ou s'il s'agit d'une mesure de contrôle bureaucratique de plus.

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