La ministre Charlebois parle au nom de qui?

Les organismes communautaires des quatre coins du Québec unissent leurs voix... (La Presse, Patrick Sanfacon)

Agrandir

La Presse, Patrick Sanfacon

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Point de vue
La Tribune

Les organismes communautaires des quatre coins du Québec unissent leurs voix dans une grande campagne de mobilisation « Engagez-vous pour le communautaire ». Leurs revendications? Des politiques pour réduire les inégalités sociales, un réinvestissement dans les services publics, la fin des compressions budgétaires, la reconnaissance de l'action communautaire et une bonification du soutien financier aux organismes communautaires pour répondre aux besoins criants de la population.

Pour rallier l'opinion publique derrière elle, la ministre déléguée à la Réadaptation, à la Protection de la jeunesse, à la Santé publique et aux Saines habitudes de vie, Lucie Charlebois, évoque que l'enveloppe budgétaire offerte par Québec pour les organismes communautaires a augmenté de 80 % depuis 14 ans, soit depuis 2002. Et elle a raison.

Prenons le temps de comprendre ce que signifie ce pourcentage. Depuis 2002, première année de la mise en oeuvre de la Politique de reconnaissance de l'action communautaire autonome, de nombreux organismes ont bénéficié d'un soutien financier accru. Ce que le pourcentage ne dit pas, c'est que le financement de la majorité de ces groupes était à proprement dit inexistant.

En traitant l'information en pourcentage, il est même possible de dire que des organismes ont reçu des augmentations de leur financement à hauteur de 700 % dans certains cas! Voilà qui laisse sans mots, n'est-ce pas? Concrètement, en transformant le pourcentage en dollars, cela signifie qu'un organisme qui recevait 5000 $ en 2002 et qui en reçoit aujourd'hui 40 000 $ a donc vu son financement augmenter de 700 %. Mais est-il plus riche et capable d'agir en réponse aux besoins?

Dites-moi, Mme Charlebois, comment vous y prendriez-vous pour réaliser une mission, même dans un contexte minimaliste en ressources humaines et en assumant les coûts de gestion et d'administration (loyer, télécommunication, énergie, etc.), avec 40 000 $ annuellement? Sont-ce là les conditions dans lesquelles se trouve votre bureau de comté?

Rappelons également qu'en Estrie seulement, une douzaine d'organismes communautaires dont la mission est reconnue par le ministère de la Santé et des Services sociaux sont toujours en attente d'un financement. Ajoutons qu'une importante frange d'organismes évolue avec un soutien financier identique à celui d'il y a huit ans puisque non indexé. Soulignons finalement que les organismes communautaires, tous secteurs confondus, sont des acteurs majeurs du marché de l'emploi et qu'ils contribuent significativement à l'essor des différentes communautés par leurs activités sociales et économiques.

Au cours de la même sortie publique, Mme Charlebois exhorte les organismes communautaires à se tourner vers leur communauté pour combler les manques à gagner. À cet égard, notons qu'à l'heure actuelle, plus du tiers du financement des organismes communautaires provient de la population. Pour plusieurs, ces entrées de fonds sont même supérieures au financement de l'État. Que comprendre de cette affirmation pour une population réputée fort généreuse et une communauté des affaires déjà très investies dans le milieu communautaire?

Par ailleurs, cette vision n'est-elle pas une dérive des responsabilités de l'État? Peut-on réellement favoriser qu'une société propose une accumulation de réponses individuelles à des problèmes collectifs? C'est Darwin qui serait content! Ou Trump en l'occurrence.

La même journée où la ministre Charlebois nous servait ses commentaires, l'Assemblée nationale du Québec adoptait à l'unanimité une motion visant à rehausser le financement des organismes communautaires. Les 106 élus présents ont voté en ce sens, incluant le premier ministre Philippe Couillard. Le ministre de l'Emploi et de la Solidarité sociale, François Blais, a également annoncé son intention de travailler en ce sens avec les organismes dans les prochaines années. La question qui demeure : mais au nom de qui parle donc la ministre Charlebois? Comme quoi, la parole est d'argent, mais le silence est d'or.

Christian Bibeau, directeur Corporation de développement communautaire de Sherbrooke

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer