Santé mentale : de l'intérêt à la préoccupation

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Vincent Beaucher
La Tribune

(Sherbrooke) ANALYSE / Depuis maintenant plusieurs années, la question de la santé mentale des clientèles collégiales et universitaires revient sporadiquement dans l'actualité, signe que les chercheurs et les institutions y accordent de plus en plus d'importance. Il y a quelques mois, plusieurs médias rapportaient des résultats préoccupants issus d'une vaste étude qu'avait de nouveau effectuée l'Association des services aux étudiants des universités et collèges du Canada (ASEUCC). Au final, un constat clair émerge : la santé mentale des étudiants est préoccupante.

Relevons tout d'abord que l'étude 2016 de l'ASEUCC en est une d'envergure. Le portrait de la clientèle estudiantine qu'elle propose amalgame les résultats de 41 campus canadiens, soit les réponses de près de 44 000 répondants, dont les trois quarts ont entre 18 et 24 ans et les deux tiers sont des femmes. Si, d'entrée de jeu, nous avons opté pour parler de la santé mentale, cette étude ratisse beaucoup plus large et traite de la santé dans sa globalité. Cela inclut, par exemple, la nutrition, le sommeil, la sexualité, l'usage de stupéfiants, la consommation d'alcool, la violence, les relations abusives, etc.

Sur la santé mentale, plusieurs aspects sont scrutés : la solitude, le fait d'être dépassé par les événements et la charge de travail, le découragement, le stress, la dépression, la colère, l'anxiété, le suicide, le fait d'avoir consulté un professionnel de la santé mentale ou pas, etc. Bref, le topo se veut très large tout en étant détaillé.

Ainsi, aux questions suivantes : « Au cours des 12 derniers, avez-vous senti à au moins un moment... que les choses étaient sans espoir? » près de 60 % ont répondu Oui; « ... que vous vous êtes sentis épuisés? » 88 %; « ... que vous étiez dépassés par la charge de travail? » 90 %; « que vous vous sentiez seuls? » 67 %. Sur des questions liées à la dépression, 44 % ont affirmé avoir vécu dans l'année un épisode qui les a empêchés d'être fonctionnels. Plus grave encore, 13 % ont confirmé avoir pensé au suicide dans l'année en cours, 9 % se sont volontairement blessés ou mutilés et finalement 2 % ont indiqué avoir tenté de se suicider. On parle ici quand même de plus de 900 tentatives de suicide, seulement pour l'échantillon de l'étude et durant une seule année...

Que doit-on penser de tous ces chiffres et des autres résultats de l'étude de l'ASEUCC? Premièrement, qu'il y a un sérieux questionnement de société à y avoir dans la mesure où pour la plupart des indicateurs, il y a eu une hausse de réponses positives d'une année à l'autre depuis plus d'une décennie! Deuxièmement, ce constat est d'autant plus frappant chez les femmes qui se disent systématiquement plus affligées que leurs collègues masculins pour l'ensemble des facteurs liés à la santé mentale. Celles-ci se sentent donc davantage épuisées, dépassées, seules et anxieuses. Ultimement, elles sont légèrement plus nombreuses que les hommes à avoir pensé au suicide et aussi à avoir passé à l'acte. C'est questionnant. Troisièmement, il est question ici d'étudiants, ce qui implique une clientèle qui fréquente des établissements collégiaux et universitaires. Or, depuis quelques années, les acteurs scolaires constatent une mutation dans les corridors et les classes de ces institutions, une mutation qui demande nécessairement une adaptation. Les enseignants, qui sont au premier rang, ne possèdent pas pour la plupart le bagage, les ressources et le temps requis pour adresser les multiples problématiques qui surgissent dans leurs classes ou dans leurs bureaux. C'est sans parler des services professionnels, touchés par les coupes budgétaires, qui doivent composer avec une demande continuellement en croissance. Ce n'est pas pour rien que des initiatives comme Zenétudes apparaissent et voient leur pertinence se confirmer partout où on les implante.

En conclusion, une autre donnée : selon la Commission de la santé mentale du Canada, d'ici 25 ans, les problèmes de santé mentale coûteront 16 milliards de dollars par année aux entreprises, en perte de production et autres coûts connexes. Ne serait-ce que pour l'aspect économique, il nous faut reconnaître que les bénéfices d'une bonne santé mentale et les coûts afférents aux détresses individuelles nous lient tous collectivement. En tant que société, une vision progressiste et un plan d'action s'avèrent plus que jamais nécessaires.

Vincent Beaucher est enseignant en éducation

à l'Université de Sherbrooke et à l'Université Bishop's

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