Des craintes fondées

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Denis Dufresne
La Tribune

(Sherbrooke) ÉDITORIAL / Ottawa doit impérativement préciser la mécanique et le montant des compensations financières qu'il entend verser aux fromagers-artisans, dont un bon nombre risque de faire les frais du nouvel Accord économique et commercial global (AÉCG) entre le Canada et l'Union européenne.

L'accord, qui comporte une réduction des taxes pour les exportateurs des deux côtés de l'Atlantique et un assouplissement des quotas en agriculture, pourrait être mis en oeuvre provisoirement d'ici quelques mois.

Il prévoit notamment l'importation de 17 700 tonnes supplémentaires de fromage européen par année au pays, ce qui doublera pratiquement les volumes que reçoit déjà le Canada, un peu plus de 20 000 tonnes par année.

Dans ce contexte, le ministre québécois de l'Agriculture, Pierre Paradis, doit réclamer un engagement clair du gouvernement fédéral pour aider les fromagers-artisans à tenir tête aux exportateurs européens, avec par exemple des mesures de transition sur plusieurs années.

L'affaire n'est pas banale puisque plus de 70 pour cent de la production de fromages fins au pays provient du Québec.

De plus, elle est surtout le fait de petites entreprises artisanales, comme la fromagerie la Station de Compton ou la fromagerie du Presbytère, à Sainte-Élizabeth-de-Warwick.

Or, les petits fromagers sont désavantagés dès le départ puisque leurs volumes de production sont nettement inférieurs à ceux de leurs vis-à-vis européens.

De plus, l'industrie laitière québécoise, déjà aux prises avec les importations américaines de lait diafiltré, un concentré de protéines de lait qui n'est pas soumis aux tarifs douaniers, anticipe des pertes annuelles de 150 millions $ pour l'ensemble du Canada en raison de cet accord.

Bien que la ratification de l'AÉCG ne se fera que lorsque les 28 pays membres de l'Union européenne l'auront approuvé, bon nombre de fromagers-artisans déjà confrontés à une vive concurrence sur le marché québécois craignent avec raison l'arrivée massive de produits européens.

Les fromagers québécois ne sont pas les seuls à s'inquiéter puisque l'accord suscite aussi de l'opposition en Europe en raison de son impact chez les petits producteurs agricoles, de même qu'au sujet de la réciprocité des normes pour les aliments, notamment les produits OGM, et l'environnement.

La valeur totale des exportations de produits bioalimentaires du Québec a atteint 7,5 milliards $ l'an dernier, une hausse de sept pour cent par rapport à 2014, en majeure partie (71 pour cent) destinée aux États-Unis. Il s'agit d'un secteur vital pour l'économie québécoise.

Mais tout n'est pas noir puisque le nouvel accord entre le Canada et l'Europe, s'il est ratifié, donnera accès à un marché de 500 millions de personnes et permettra aux entreprises de plusieurs secteurs d'augmenter le volume de leurs exportations.

Par exemple, l'industrie et les producteurs de bois qui, en raison de l'incertitude entourant le renouvellement de l'entente sur le bois d'oeuvre avec les États-Unis, voient d'un bon oeil un meilleur accès à l'Europe.

L'AÉCG devrait également profiter aux producteurs de petits fruits, de sirop d'érable, de blé et de produits transformés, de même qu'aux éleveurs de boeuf et de porc, en raison de l'augmentation des contingents de produits canadiens autorisés.

Il y a toujours des perdants et des gagnants dans les accords de libre-échange, généralement négociés sans consultation des citoyens et des gouvernements locaux.

Et, bien souvent, le rouleau compresseur de la mondialisation laisse des espoirs déçus en ce qui a trait à la création d'emplois et à la baisse des prix pour les consommateurs.

La disparition des fromagers-artisans serait une perte énorme pour plusieurs régions et pour la diversité des produits du terroir québécois.

Les consommateurs ont aussi un rôle à jouer pour assurer la pérennité de ce secteur d'activité, mais, à l'heure de la dictature des prix, quelle sera leur priorité?

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