Pluie de milliards $

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Denis Dufresne
La Tribune

(Sherbrooke) ÉDITORIAL / Devant une économie au ralenti, le gouvernement Trudeau fait une croix sur le retour à l'équilibre budgétaire et prend la relève avec l'injection de 81 milliards $ supplémentaires dans le transport en commun et les infrastructures vertes au cours des 11 prochaines années.

Il s'agit d'un pari somme toute audacieux, mais qui devra donner des résultats.

Avec cette décision économique et politique, aux antipodes de l'approche du précédent gouvernement conservateur, pour qui l'atteinte du déficit zéro était une priorité, Ottawa espère stimuler les investissements et l'emploi, mais remet à plus tard le redressement de ses finances.

Dans la mise à jour économique et financière qu'il a présentée mardi, le ministre fédéral des Finances, Bill Morneau, a en effet annoncé un déficit de 25,1 milliards $ cette année, légèrement moins élevé que les 29,4 milliards prévus grâce à l'utilisation d'une provision de six milliards $ dans le dernier budget.

Il s'agit toutefois d'un montant nettement supérieur au « modeste » déficit de 10 milliards $ évoqué par Justin Trudeau en campagne électorale.

En outre, le déficit grimpera à 29 milliards $ en 2017-2018 pour ensuite diminuer à 22,8 milliards $ en 2018-2019, puis à 17,7 milliards $ en 2019-2020, selon les prévisions.

On aura beau dire qu'un déficit de 25 milliards $ pour 2016-2017 est bien peu et que le ratio dette/PIB du Canada est le plus bas des pays du G7, il n'en demeure pas moins que le gouvernement fédéral est confronté à d'importants manques à gagner et qu'il faudra bien un jour s'y attaquer.

Et n'eût été ce « coussin » de six milliards $ cette année, le déficit d'Ottawa aurait dépassé les 30 milliards $. Est-on en train de perdre le contrôle des finances publiques?

Investir dans les infrastructures pour stimuler l'économie et l'investissement est une recette éprouvée qui donne généralement des résultats.

L'ancien premier ministre Jean Charest l'avait fait en 2007 avec un plan quinquennal de 30 milliards $, ce qui avait permis au Québec de traverser sans trop de mal la récession de 2008-2009. Le président Obama avait fait de même avec un plan de relance de l'économie de plusieurs centaines de milliards $.

Le gouvernement Trudeau compte également créer en 2017 une Banque de l'infrastructure, un peu à l'image de la Caisse de dépôt et placement du Québec, qui investit 5,5 milliards $ dans le futur réseau de train électrique à Montréal, pour attirer les investisseurs institutionnels, comme les caisses de retraite.

Le ministre Morneau estime que cela permettra d'attirer jusqu'à quatre ou cinq dollars de capital privé pour chaque dollar investi par Ottawa.

Cette décision ouvre-t-elle la porte à la participation d'entreprises privées et à la privatisation des services publics, comme le craignent le Nouveau parti démocratique, le Bloc québécois et le Parti vert?

Chose certaine, il ne faut pas suivre l'exemple du Royaume-Uni, un des pays occidentaux qui a été le plus loin dans la privatisation de ses services publics, dont l'électricité, l'eau et l'énergie. L'État a certes pu renflouer ses coffres, mais cela s'est aussi traduit par une détérioration de la qualité de services et des hausses de tarifs.

La création d'une Banque de l'infrastructure est une bonne idée, mais Ottawa doit garder la notion de propriété et de gestion publique.

Les dizaines de milliards $ prévus pour les infrastructures devraient permettre de stimuler l'économie et l'emploi.

Toutefois, le gouvernement fédéral doit aussi s'attaquer de façon décisive à la pauvreté alors que 15 pour cent des ménages canadiens, 4,7 millions de personnes, vivent en situation de faible revenu.

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