Rien d'étonnant

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Pierre-Yvon Bégin

Collaborateur aux pages Opinions de La Tribune.

La Tribune

ÉDITORIAL / Gaétan Barrette s'étonne du nombre de Québécois qui ont jusqu'ici bénéficié d'une aide médicale à mourir. En neuf mois, 262 personnes en ont profité, ce qui laisse penser que 300 mourants pourront s'être prévalus de la loi concernant les soins de fin de vie au terme d'une première année d'application.

En réalité, ces chiffres n'ont rien d'étonnant. Ils témoignent plutôt d'un réel besoin et d'une évolution remarquable de notre société.

Le ministre de la Santé et des Services sociaux déposait la semaine dernière le rapport annuel d'activités de la Commission sur les soins de fin de vie, le chien de garde de la loi. Pour l'Estrie, les chiffres disponibles font état de 16 demandes, dont 12 acceptations en date du 10 juin.

À titre comparatif, 40 des 44 demandes ont été acceptées en Montérégie, tandis que seulement 28 demandes sur 54 l'ont été à Montréal, qui dispose pourtant d'un plus fort bassin de population. Le ministre Barrette a expliqué cette disparité entre les régions par la forte présence de communautés ethniques « plus religieuses que d'autres ».

Le ministre de la Santé estime que la loi a été bien appliquée et qu'il n'y a pas eu de dérapages, la principale crainte. Il est essentiel pour la population, indique le ministre, d'avoir la garantie ou du moins la perception qu'il y a des règles à suivre, des garde-fous. « En toutes circonstances, dit-il, la population doit avoir le sentiment qu'il ne sera pas possible de lui imposer quelque chose contre sa volonté. »

Parmi les difficultés rencontrées, mentionnons l'obligation d'obtenir l'avis d'un second médecin indépendant, notamment dans les petits milieux. Pour diverses raisons, l'aide médicale à mourir a été refusée à 87 personnes.

L'Assemblée nationale s'est ralliée autour d'un concept de « fin de vie ». Dans cette optique, l'État a le devoir d'offrir des soins palliatifs de qualité égale dans toutes les régions. À Sherbrooke, la Maison Aube-Lumière s'acquitte de sa tâche avec brio pour les personnes atteintes d'un cancer. En plus d'avoir été la première à offrir l'aide médicale à mourir, elle se penche maintenant sur l'idée d'étendre sa mission à tous les mourants, peu importe leur maladie. Le défi est de taille considérant que son taux d'occupation atteint déjà 96 % et que 179 personnes ont été refusées l'an dernier.

Le rapport de la Commission révèle aussi l'acceptation de 263 demandes de sédation palliative terminale. Dans ce cas, le patient est plongé dans un sommeil artificiel pour lui éviter les souffrances. Il s'agit d'un nombre équivalent à ceux qui ont pu profiter de l'aide médicale à mourir.

Les médias ont aussi rapporté le cas de malades chroniques qui ont été forcés d'entreprendre un jeûne complet afin d'atteindre les conditions leur permettant d'obtenir une aide médicale à mourir. Dans une révision plus que probable de la loi, notamment en raison du principe de « mort raisonnablement prévisible » adopté par Ottawa, le législateur devra trouver le moyen d'éviter ce genre de drame.

Le rapport de la Commission démontre bien que l'aide médicale à mourir répond à une volonté populaire. Les statistiques d'une première année n'ont rien d'étonnant, se situant même sous les 1600 cas enregistrés aux Pays-Bas. Elles témoignent de l'évolution certaine de la société québécoise et de sa libération à l'endroit de tabous religieux. Il y a encore du chemin à faire, considérant qu'une jeune mère de Lévis s'est récemment laissée mourir en refusant une transfusion sanguine pour des considérations religieuses.

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