Mettre fin au silence et à la banalisation

ÉDITORIAL / La stratégie du gouvernement du Québec pour lutter contre les... (Archives La Tribune, René Marquis)

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Denis Dufresne
La Tribune

ÉDITORIAL / La stratégie du gouvernement du Québec pour lutter contre les violences sexuelles et mieux soutenir les victimes arrive à point et constitue une étape majeure pour attaquer de façon décisive ce fléau qui touche majoritairement les filles et les femmes.

Toutefois, changer les attitudes et les comportements, mettre fin à la culture du silence et à l'hypocrisie, sera un long combat.

À l'heure actuelle, le taux de dénonciation des agressions sexuelles n'est que de cinq pour cent, selon l'Enquête sociale générale sur la victimisation de 2014 de Statistique Canada.

Cette donnée, incroyable, traduit la peur ou le manque de confiance des victimes envers le système de justice et la culture du silence qui prévaut dans une société qui défend pourtant l'égalité homme-femme et où on multiplie depuis des années les déclarations de bonnes intentions.

Le projet dévoilé hier par la vice-première ministre et ministre responsable de la Condition féminine, Lise Thériault, est assorti d'une enveloppe de 44 millions $, dont 26 millions $ de nouveaux crédits.

Il prévoit la mobilisation de plusieurs ministères (notamment Justice, Éducation et Sécurité publique), d'organismes comme les CALACS (Centres d'aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel), des services policiers et de la justice.

Des mesures visent aussi à adapter le système judiciaire aux réalités des victimes, y compris les membres de la communauté LGBT: plans de formation pour les intervenants, bonification de l'aide aux victimes et campagnes de sensibilisation dans les cégeps, les universités et les milieux sportifs... Mieux vaut tard que jamais!

La ministre Thériault a également confirmé que la moitié des sommes annoncées iront aux organismes communautaires comme les CALACS.

Il s'agit là d'une bonne nouvelle puisque ceux-ci ont été lourdement pénalisés ces dernières par les compressions budgétaires du gouvernement Couillard.

Pourtant, le problème de la violence et de l'exploitation sexuelle est largement documenté et dénoncé depuis des années par les groupes de femmes. Pourquoi avoir tant attendu?

Les récentes agressions sexuelles dans une résidence pour étudiantes de l'Université Laval et les allégations de viol impliquant le député de Gerry Sklavounos ont sans doute incité le gouvernement à devancer l'annonce de cette stratégie.

On aura beau dire que les mentalités évoluent, le sexisme, le harcèlement et la loi du silence sont encore très présents, même devant les tribunaux et au sein d'organismes respectables.

Sinon, comment expliquer, par exemple, que le harcèlement personnel et sexuel ait fait partie du quotidien des employés du Comité olympique canadien pendant des années, gracieuseté de l'ex-président Marcel Aubut, alors que la direction était au courant du problème et l'a visiblement toléré jusqu'à ce que le quotidien The Globe and Mail révèle qu'une plainte avait été déposée?

Il faut aussi rappeler le cas, très récent, du juge Robin Camp qui, lorsqu'il siégeait à la Cour provinciale de l'Alberta, avait demandé à une présumée victime d'agression sexuelle de 19 ans pourquoi elle n'avait pas simplement serré les genoux!

Ces choses-là ne s'inventent pas, tout comme les propos parfois méprisants et agressifs à l'égard des femmes et des LGBT de la part de certains humoristes et animateurs de radio-poubelle.

La stratégie gouvernementale est louable.

Mais il faudra du temps pour changer les mentalités et faire en sorte que les femmes et les jeunes filles se sentent en sécurité partout.

Pourquoi ne pas mettre aussi les jeunes dans le coup en rétablissant le plus tôt possible les cours d'éducation sexuelle dans les écoles et en donnant les outils et le soutien nécessaires aux enseignants?

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