La théorie Anglade pour aider les PME à exporter

Dominique Anglade... (La Presse, David Boily)

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Dominique Anglade

La Presse, David Boily

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La Tribune

(Sherbrooke) Au cours des 25 dernières années, j'ai accompagné plus de 200 PME dans leurs démarches à l'exportation, principalement vers les États-Unis. Lundi la ministre de l'Économie, Dominique Anglade, a annoncé l'injection de 125 millions $ de nouvel argent (400 millions sont déjà engagés) pour aider les PME du Québec à exporter. Je suis convaincu que l'on doit saluer le geste, mais la grande question sera de savoir comment seront dépensés ces millions. À bien y penser, je me demande si je ne revis pas le jour de la marmotte.

Au fil des ans, j'ai vu et souvent même participé à nombre d'annonces envoyant des millions de dollars de nos taxes dans des efforts pour soutenir les PME afin qu'elles prennent le virage de l'exportation. J'ai vu des succès venir de ces investissements, mais j'y ai aussi vu des horreurs indescriptibles, qui me font frissonner plus que l'Halloween à nos portes.

La ministre Anglade mentionne aussi que la priorité doit être de cibler notre marché primaire, celui qui est à nos portes : les États-Unis. Je prêche cela comme un curé devant une église vide depuis plus de 20 ans. La ministre doit comprendre que c'est son ministère lui-même qui, au cours des 15 dernières années, a délaissé ce marché stratégique pour faire rêver les PME québécoises de contrées ensoleillées, genre Dubaï, de grandes métropoles où les rendez-vous seraient exotiques et combien impressionnants, genre Paris, où alors des pays à des années-lumière de la culture de nos PME, genre le Brésil ou le Vanuatu. C'est beau, c'est exotique et ça fait rêver. Le problème c'est que pour nos PME, la plupart de ces beaux marchés sont inaccessibles et trop coûteux et, pour la plupart, franchement inutiles. Mais c'est son ministère qui depuis des lunes encourage les PME à faire le saut sur ces marchés, à grands frais de missions presque gratuites pour aller péter de la broue à Dubaï.

Le marché des États-Unis a été négligé par le gouvernement du Québec (à quand remonte la dernière visite d'un premier ministre québécois au New Hampshire?) pendant trop longtemps au profit de prétentieux consultants ou de prétentieux organismes d'aide à l'exportation gérés par des juniors diplômés en marketing et préférant y faire du développement économique en escarpins rouge et à grands frais plutôt que de signer des accords de distributions attablés dans un restaurant McDo de Concord, au New Hampshire. Avouons que c'est moins glamour qu'à Paris à l'ombre de la tour Eiffel.

Il paraît donc qu'aujourd'hui on aurait compris à Québec que l'avenir est peut-être plus au New Hampshire qu'à Paris pour nos PME. En tout cas, moi je continuerai à y accompagner mes clients en char et à peu de frais, car, franchement, je me plais dans ce tout petit marché de 16 millions de personnes que représente la Nouvelle-Angleterre et je peux vous le dire, mes clients sont contents.

J'avoue que j'ai aussi bien hâte de voir les organismes d'aide à l'exportation troquer leurs belles valises en crocos et les repas d'Air France pour une ride de char à Burlington et des deals d'affaires dans un Five Guys. Madame la ministre Anglade, préparez-vous à faire des annonces de contrats dans les Dunkin Donuts de Bangor, au Maine! Ne vous en faites pas, je vais vous montrer. C'est drôle, j'ai plutôt l'impression que les PME vont continuer à m'appeler pour faire de l'exportation sans prétention et sans chichi, mais avec de réels résultats en dollars des États-Unis. Mais, je salue ce moment de lucidité de notre gouvernement.

Pierre Harvey, président

Harvey International inc.

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