Vers une victoire présidentielle contestée

À moins de deux semaines des élections présidentielles américaines, tous les... (The New York Times)

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Gilles Vandal
La Tribune

(Sherbrooke) À moins de deux semaines des élections présidentielles américaines, tous les signes indiquent une victoire importante d'Hillary Clinton. Sondage après sondage, la marge de la victoire démocrate s'accroît. Aussi, la confiance au sein de l'équipe Clinton devient de plus en plus palpable. La candidate démocrate fait dorénavant campagne dans des États habituellement sûrs pour les républicains et elle a commencé aussi à soutenir des candidats démocrates au Sénat ou à la Chambre des représentants.

Entre-temps, les dirigeants républicains montrent clairement des signes de panique. Non seulement leur parti perdrait les présidentielles, mais il risque aussi de perdre le contrôle du Sénat, voire de la Chambre. Donald Trump reconnaît d'ailleurs implicitement la situation, mais il refuse de prendre le blâme pour la défaite éventuelle des républicains.

Plus encore, Trump est engagé dans une campagne pour expliquer cette défaite appréhendée comme faisant partie d'une vaste conspiration. D'après lui, tout aurait débuté lors du premier débat, alors que les médias ont refusé de reconnaître sa victoire. Ces mêmes médias auraient ensuite continué dans leur attitude préjudiciable à son égard en divulguant de fausses informations concernant ses présumées inconduites sexuelles.

Toutefois, l'attitude paranoïaque de Trump ne s'arrête pas là. Il accuse aussi l'équipe Clinton de collusion avec les médias, même d'avoir orchestré toute l'opération de divulgation. Les déclarations de onze femmes l'accusant d'écarts sexuels seraient non seulement fausses, mais fabriquées à 100 % par son adversaire démocrate pour empoisonner l'esprit des électeurs américains.

Pire encore, Trump, à partir de rumeurs farfelues, accuse la campagne démocrate d'être impliquée dans une vaste opération pour inscrire des électeurs illégaux et pour faire voter des morts tout en cherchant à supprimer les votes légitimes républicains. En un mot, si les républicains perdent le 8 novembre, c'est parce que l'élection aura été complètement truquée par un système corrompu qui empêche la tenue d'une élection libre et équitable.

Différentes études effectuées depuis 2000 ont démontré que sur un milliard de votes aux États-Unis, il n'y a eu que 31 cas manifestes de vote illégal. Ainsi, par sa rhétorique démagogique, Donald Trump démontre non seulement une réticence à accepter une défaite éventuelle, mais aussi une volonté de délégitimer le processus électoral et de faire déclarer invalides les résultats exprimés.

D'ailleurs, durant les dernières semaines, Trump a fait plusieurs déclarations qui montrent le peu de respect qu'il a pour le processus électoral et le fonctionnement des institutions judiciaires. Par exemple, il a affirmé qu'il n'hésiterait pas, s'il était élu président, à demander au procureur général de faire arrêter et emprisonner Mme Clinton. De même, il a déclaré qu'il s'assurerait que les femmes qui ont déposé des plaintes pour inconduite sexuelle à son sujet soient poursuivies.

Toutefois, sa déclaration la plus percutante concerne la reconnaissance ou non des résultats de l'élection du 8 novembre. Lors du débat du 19 octobre, il a refusé de s'engager à reconnaître ces résultats, précisant ensuite qu'il le ferait uniquement s'il l'emportait. Un tel refus est sans précédent dans l'histoire américaine.

Le refus de Trump jette un doute sur tout le fonctionnement des institutions américaines. Plus encore, il met fin à un modèle de démocratie pour le reste du monde que le président Washington avait instauré en 1797, soit une transition pacifique du pouvoir.

Au plan légal, particulièrement face à une victoire convaincante, le refus de Trump de reconnaître les résultats n'aurait pas d'effet. Seul compte le résultat du collège électoral. Le système judiciaire rejetterait immédiatement toute demande de recomptage.

Dans le cas d'une victoire serrée, les États ont déjà prévu des mécanismes de recomptage. Toutefois, l'intention de Trump va plus loin. Il menace de contester judiciairement les résultats électoraux. Il sait que ses chances de succès sont inexistantes.

Mais en indiquant d'avance sa volonté de ne pas de reconnaître sa défaite éventuelle, Trump cherche à nier l'importance de sa défaite. Ce faisant, il sème le doute sur l'intégrité de tout le processus électoral américain. L'idée que les élections américaines puissent être truquées est absurde, voire insultante. Les déclarations de Trump sont plus que de la simple gesticulation : il menace d'entrainer la démocratie américaine dans un territoire inconnu et dangereux.

Trump a déjà demandé à ses partisans de surveiller les bureaux de vote. De plus, il les incite à intimider les électeurs qui ne partagent pas ses vues. D'ailleurs, ses propos pourraient facilement être mal interprétés par certains de ses partisans qui seraient tentés de recourir à la violence à l'annonce d'une défaite de leur candidat.

En refusant personnellement de reconnaître la victoire éventuelle de son adversaire démocrate et en se positionnant devant ses partisans comme un leader alternatif, Trump se trouve à saper l'autorité de la nouvelle présidente. Ce faisant, Trump attise les flammes de la désobéissance civile.

Le refus de Trump de reconnaître sa défaite éventuelle est un geste important. Il représente un manque de respect devant tout le processus électoral. Mais par-dessus tout, cette attitude dévoile un mépris de la démocratie, comme si les États-Unis n'étaient qu'une république de bananes.

Gilles Vandal est professeur émérite de l'École de politique appliquée de l'Université de Sherbrooke.

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