Mettre fin à l'incertitude

Bombardier vient d'annoncer l'abolition de 7500 emplois, dont 1500 au Québec.... (Archives La Presse, Patrick Sanfacon)

Agrandir

Archives La Presse, Patrick Sanfacon

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Pierre-Yvon Bégin

Collaborateur aux pages Opinions de La Tribune.

La Tribune

Bombardier vient d'annoncer l'abolition de 7500 emplois, dont 1500 au Québec. Ce licenciement porte à 14 500 le nombre de postes radiés depuis le début de l'année dans le cadre d'un vaste plan de redressement. Ces mises à pied procureront-elles le prétexte rêvé au gouvernement fédéral pour justifier son refus d'investir dans ce fleuron de l'industrie aéronautique au pays?

Ottawa fait durer le suspense dans ce dossier depuis trop longtemps déjà. Son hésitation à annoncer une participation dans l'entreprise se révèle être plus dommageable qu'un refus. Pendant qu'il taponne de la sorte, le fédéral fournit aux concurrents de Bombardier tous les arguments pour éviter d'acheter ses appareils.

En entrevue à La Presse+ la semaine dernière, le ministre du Développement économique, Navdeep Bains, a indiqué que son gouvernement posait quatre conditions à une contribution au programme de la CSeries. Ottawa veut obtenir des garanties que les activités de recherche et de développement demeurent au pays, tout comme le siège social et les emplois. Il veut aussi s'assurer du succès à long terme de la compagnie. La suppression de 2000 postes au Canada arrive bien mal.

Président et chef de la direction de Bombardier, Alain Bellemare n'a rien fait pour apaiser les craintes d'Ottawa. En toute honnêteté, il a reconnu vendredi que la restructuration va entraîner la délocalisation d'emplois dans des pays où les coûts de la main-d'oeuvre sont plus bas. « C'est la seule façon que l'on sera en mesure de protéger des milliers de postes », a-t-il admis, rappelant que l'industrie est extrêmement concurrentielle. Sa franchise l'honore, mais pourrait aussi signifier sa perte.

Dans son éditorial de samedi, François Cardinal de La Presse écrit que l'absence d'un porteur de ballon québécois au sein du cabinet Trudeau semble faire cruellement défaut. C'est une façon polie d'écrire que les Marc Garneau, Nathalie Joly, Diane Lebouthillier, Stéphane Dion, Jean-Yves Duclos et Marie-Claude Bibeau jouent le rôle de second violon dans ce gouvernement.

Nous avons déjà écrit que les appareils de la CSeries de Bombardier peuvent marquer un tournant de l'aviation. Plus légers et plus économiques, ces avions de 110 à 160 passagers portent l'espoir de l'aéronautique de l'avenir. Entre autres grâce à la collaboration des chercheurs de l'Université de Sherbrooke, ces avions seront surtout plus silencieux. Cet élément est capital dans leur succès. Partout dans le monde, l'intensité du bruit provoqué par le trafic aérien constitue le principal obstacle au développement des aéroports. La cohabitation avec les résidents voisins, qui ont le droit à la quiétude et qui le font valoir, représente un défi majeur.

Au lendemain de son élection, le gouvernement Trudeau a raté une première occasion de confirmer son soutien à Bombardier en refusant d'autoriser les supersoniques à se poser à l'aéroport Billy-Bishop au centre-ville de Toronto. La compagnie Porter était l'un des éventuels clients de la CSeries. Cet achat aurait fait l'éloquente démonstration de la supériorité des avions de Bombardier dans une forte densité de population.

Le ministre Bains répète que son gouvernement sera de la partie, précisant que ce n'est pas une question de « si » mais de « comment ». L'hésitation d'Ottawa à préciser son engagement contribue à entretenir des doutes à l'endroit de Bombardier. En affaires, l'incertitude est tout aussi, sinon plus dommageable qu'un refus net. Le gouvernement Trudeau devrait se souvenir qu'Ottawa n'a pas fait autant de chichis avant de se porter au secours de l'industrie automobile de l'Ontario en 2009.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer