Pourquoi Hillary Clinton devrait remercier Donald Trump

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Gilles Vandal
La Tribune

ANALYSE / La victoire d'Hillary Clinton le 8 novembre prochain semble de plus en plus assurée. Cette victoire, en dépit du manque d'enthousiasme des électeurs américains à l'égard de la candidate démocrate, est largement rendue possible par la faiblesse de son adversaire républicain Donald Trump. Face à un Marco Rubio, un John Kasich ou un Jeb Bush, l'histoire aurait pu être bien différente.

Les stratèges républicains espéraient d'ailleurs couronner comme candidat Jeb Bush, dont l'épouse est d'origine mexicaine, ou Marco Rubio, dont le père était Cubain. Une victoire de l'un de ces deux candidats aurait permis de récupérer une portion importante du vote hispanique et de briser ainsi la coalition mise en place par Barack Obama. Mais l'entrée en scène de Trump est venue complètement chambouler cette stratégie. Avec ses discours populistes, voire racistes, il s'est aliéné les électeurs d'origine hispanique.

De plus, avec ses frasques misogynes, il avait déjà éloigné un bon nombre de femmes. La situation a empiré avec le dévoilement de vidéos dans lesquelles Trump tient des propos « dégoûtants » sur les femmes, qui les réduit à des objets sexuels. Le Parti républicain, un parti qui mise d'abord sur les valeurs familiales, est secoué dans ses fondements mêmes.

Aussi, un grand nombre de membres du congrès et d'anciens dirigeants du parti ont non seulement dénoncé les propos de Trump, mais ils ont même demandé publiquement à ce dernier de retirer sa candidature. Si Trump a accepté de présenter des excuses, il a annoncé qu'il ne se retirerait sous aucune condition.

Le Parti républicain peut bien jouer avec différents scénarios, mais il ne dispose pas de règles lui permettant de démettre un candidat. D'ailleurs, dans plusieurs États, les électeurs ont déjà commencé à voter. De plus, la performance de Trump dans le deuxième débat fut suffisamment bonne pour enrayer le flot de désistements. Pour Mme Clinton, le maintien d'un Trump affaibli représente la solution idéale. Par ailleurs, sans le dévoilement des vidéos, la réputation de Mme Clinton aurait pu être de nouveau mise encore à plus rude épreuve. En effet, de nouvelles fuites, dévoilées par Wikileaks, démontrent que la candidate démocrate a tenu un double discours. Ses promesses aux électeurs concernant l'imposition de restrictions commerciales étaient ouvertement contredites par ses discours prononcés devant les banquiers de Wall Street.

Heureusement pour Mme Clinton, le dévoilement des vidéos scabreuses de M. Trump ne pouvait arriver à un meilleur moment. Le Parti républicain est devenu si déchiré qu'il est difficile d'envisager comment Trump pourrait remporter les présidentielles. Pire encore. Il est possible même que le Parti républicain perde le contrôle du Sénat, voire de la Chambre des représentants.

Aussi, la haute direction du parti cherche présentement à sauver les meubles. Comment s'assurer que les électeurs républicains, dégoûtés par les propos de Trump, seront quand même disposés à aller voter pour leur représentant ou leur sénateur ? Tout au moins, elle a choisi de mettre toutes ses ressources financières pour soutenir les représentants et sénateurs menacés de perdre leur siège.

Mme Clinton a une autre raison de remercier Donald Trump. En effet, ce dernier s'était affiché au cours des années comme étant plus démocrate que républicain et avait contribué davantage au Parti démocrate qu'au Parti républicain. D'ailleurs, ses prises de position politiques depuis 40 ans l'alignaient davantage avec le Parti démocrate.

Lui-même reconnaissait en juin 2015 qu'il aurait pu tout autant se présenter dans les primaires démocrates. D'ailleurs, ses plus chauds partisans ne sont devenus républicains que récemment. C'est pourquoi ils sont surnommés des « Trump Democrats ».

Essayons simplement de nous imaginer les conséquences d'une candidature de Trump dans les primaires démocrates. Le parti démocrate, au lieu de se diviser en deux, l'aurait été en trois : Sanders dirigeant l'aile gauche, Clinton le centre et Trump la droite.

Par ailleurs, les déclarations xénophobes et misogynes de Trump, ainsi que ses vidéos indécentes le décrivant comme un prédateur sexuel, au lieu d'embarrasser les républicains, l'auraient fait tout autant pour les démocrates.

Entre-temps, le parti républicain aurait été à même de se présenter comme le défenseur des grandes valeurs américaines et de récupérer le vote hispanique en plus de présenter un front uni.

D'ailleurs, depuis 16 mois, une rumeur circule au sein du Parti républicain que la candidature de Trump a été encouragée par des démocrates pour diviser les républicains. Si cette théorie de conspiration est peu crédible, elle démontre tout au moins comment la candidature de Trump dérange les républicains. Mais heureusement pour Hillary Clinton, Donald Trump a jeté son dévolu sur le Parti républicain et non sur le Parti démocrate.

Le phénomène Trump n'est pas unique aux États-Unis. On retrouve cette forme de populisme dans plusieurs pays occidentaux. Qu'il soit de gauche ou de droite, ce genre de populisme cherche à brasser la cage des sociétés qui se sont empoussiérées au risque de déstabiliser tout le système politique.

Gilles Vandal est professeur émérite de l'École de politique appliquée de l'Université de Sherbrooke

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