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Denis Dufresne
La Tribune

(Sherbrooke) ÉDITORIAl / La décision du gouvernement Trudeau de fixer à trois pour cent la hausse annuelle des transferts fédéraux en santé, à compter de 2017, au lieu des six pour cent demandés par les provinces, fait craindre une nouvelle menace pour la qualité des soins de santé publics au pays.

Le ministre québécois de la Santé, Gaétan Barrette, redoute déjà de devoir réduire les services en ce domaine, ce dont personne n'a besoin.

Justin Trudeau avait pourtant dénoncé en campagne électorale cette mesure décrétée par les conservateurs, alors que la hausse annuelle était de six pour cent depuis 2004.

Cette volte-face, tout comme l'intention du premier ministre de demander désormais des comptes aux provinces, traduit un affaiblissement du fédéralisme coopératif et un manque de vision alors que les besoins en santé augmentent au Québec comme dans les autres provinces.

Cette réduction du financement des soins de santé se traduirait pas un manque à gagner d'un milliard de dollars pour les provinces dès 2017, un montant qui irait en augmentant avec les années.

Le fédéral prévoit toutefois injecter trois milliards $ sur trois ou quatre ans pour les soins à domicile au pays.

Selon le ministre Barrette, une hausse de trois pour cent par année résultera dans les faits en un « déclin des services de santé », ce qui n'a rien de rassurant pour les Québécois qui vivent depuis des années avec les engorgements dans les urgences, les délais pour obtenir certaines chirurgies et les difficultés à trouver un médecin de famille.

Au cours des dernières années, les réorganisations, compressions budgétaires et coupes de personnel ont durement éprouvé le système de santé québécois.

En ce sens, il est un peu ironique d'entendre le ministre Barrette dénoncer qu'Ottawa obligera les provinces à faire plus avec moins alors qu'il a lui-même imposé cette médecine au réseau de santé québécois, comme l'a fait valoir la Centrale des syndicats du Québec,

Mais là n'est pas notre propos.

À la veille de la rencontre des ministres de la Santé du pays, lundi dernier, le premier ministre Justin Trudeau avait mis la table de façon un peu brutale en affirmant que les provinces détournent des fonds dédiés à la santé vers d'autres programmes et qu'Ottawa exigera désormais des comptes quant à l'utilisation de toute nouvelle contribution fédérale.

Il est normal que le gouvernement fédéral veuille s'assurer que l'argent qu'il verse pour la santé est effectivement utilisé en santé et que les soins offerts sont les mêmes partout au pays, mais pas de dicter dans quels secteurs précis les fonds doivent être injectés.

La santé est un domaine de juridiction provinciale et, selon la Constitution, les provinces ont la responsabilité des hôpitaux et de la prestation directe de la plupart des services médicaux.

On peut donc comprendre les provinces de rechigner à l'idée de se faire imposer une utilisation précise des fonds qu'ils reçoivent d'Ottawa ou de devoir rendre des comptes.

Dans le cas du Québec, toutefois, la récente abolition du poste de commissaire à la santé par le ministre Barrette fait en sorte qu'il n'y a plus de vérificateur externe pour garantir la fiabilité et l'intégrité du contrôle de la gestion et des opérations du système, ce qui n'est guère rassurant.

Les citoyens n'ont pas à faire les frais du conflit qui se dessine entre les provinces et Ottawa.

Les ministres provinciaux de la Santé et le gouvernement fédéral ont donc l'obligation de s'entendre rapidement pour garantir la pérennité du système de santé et voir à ce que l'argent aille là où les besoins sont les plus criants.

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