L'intimidation encore trop présente

ÉDITORIAL / L'intimidation est encore trop présente à l'école, dans les lieux... (Archives, La Tribune)

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Denis Dufresne
La Tribune

(Sherbrooke) ÉDITORIAL / L'intimidation est encore trop présente à l'école, dans les lieux de travail et parfois même dans les propos de certains humoristes et politiciens, malgré l'adoption d'un projet de loi destiné à la combattre en milieu scolaire, en 2012, et le plan d'action gouvernemental, « Ensemble contre l'intimidation, une responsabilité partagée », lancé l'an dernier.

À Drummondville, le cas de William, un garçon de neuf ans, victime d'intimidation depuis quatre ans et agressé sauvagement dans une cour d'école par un compagnon de classe, témoigne malheureusement de lacunes dans les mesures de dépistage et d'intervention, du moins à l'école où l'incident s'est produit.

Ou, à tout le moins, de la nécessité de mieux aiguiller le personnel enseignant et de direction.

Sinon, comment expliquer que ce garçonnet ait pu subir de l'intimidation pendant quatre longues années, du moins au dire de sa mère?

Celle-ci affirme même ne pas avoir eu une écoute suffisante de la direction de l'école.

Il faut reconnaître qu'il n'est pas toujours évident de déceler si un différend ou un conflit entre des élèves peut dégénérer en intimidation, voire en violence physique, même si les écoles primaires et secondaires ont en principe un mécanisme pour recevoir les plaintes et intervenir.

Cet événement, comme bien d'autres en milieu scolaire, démontre l'importance de poursuivre la lutte à ce phénomène, souvent relié à des problèmes relationnels ou d'adaptation, et peut-être encore banalisé.

Il illustre aussi la nécessité de réinvestir dans les services aux élèves en difficulté, qui ont lourdement écopé ces dernières années en raison des coupes budgétaires du gouvernement Couillard.

La Fondation Jasmin Roy, qui lutte contre l'intimidation et la violence, a lancé l'initiative « Les Grandes Rencontres », en collaboration avec le ministère de l'Éducation, pour former les enseignants et les directions d'école en vue de favoriser un climat scolaire sécuritaire et bienveillant, tant le problème est sérieux.

Une étude de la Chaire de recherche sur la sécurité et la violence en milieu scolaire de l'université Laval, publiée en juin 2014, démontrait par exemple que 38,4 pour cent des élèves du primaire disaient être insultés quelques fois par année, mais que 20,6 pour cent l'étaient « souvent/très souvent », soit deux à trois fois par mois.

Près de 30 pour cent des élèves déclaraient être bousculés intentionnellement quelques fois dans l'année, alors que 7,9 pour cent affirmaient l'être « souvent/très souvent ».

En plus d'empoisonner la vie d'un enfant, l'intimidation peut laisser des séquelles durant de nombreuses années : anxiété, mauvaise estime de soi et dépression; elle a donc un coût humain et social.

Malheureusement, l'intimidation et le harcèlement ne sont pas propres au seul milieu scolaire.

Ils se manifestent aussi dans le monde du travail, notamment dans le milieu des soins de première ligne, comme l'ont démontré les travaux de Hélène Durocher, chercheuse et chargée de cours à la Faculté des sciences infirmières de l'Université de Montréal, qu'il s'agisse de fausses rumeurs, de commentaires désobligeants, de surveillance ou de critiques excessives.

On les retrouve également sur les réseaux sociaux et dans le domaine de l'humour et de la politique.

L'humoriste Mike Ward s'est acharné de 2010 à 2013 à ridiculiser le handicap du chanteur Jérémy Gabriel, s'étonnant même qu'il ne soit pas mort... Et le public en redemandait.

Aux États-Unis, le candidat républicain Donald Trump base sa campagne électorale sur le racisme, le sexisme et l'intolérance, ce qui n'empêche pas les chrétiens évangéliques blancs de l'appuyer.

Le phénomène de l'intimidation témoigne donc, d'une certaine manière, d'une banalisation du mépris, de la vulgarité et de la violence. Cela doit tous nous interpeller.

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