Initiation à revoir

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la ministre de l'Enseignement supérieur du Québec, Hélène David

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Pierre-Yvon Bégin

Collaborateur aux pages Opinions de La Tribune.

La Tribune

ÉDITORIAL / Les initiations en début d'année scolaire seront dorénavant encadrées par des balises nationales très strictes. En réaction à des dérapages survenus dans certaines institutions, la ministre de l'Enseignement supérieur du Québec, Hélène David, s'est engagée à sévir contre les contrevenants. Elle promet que les étudiants qui dépasseront les bornes s'exposeront à de lourdes sanctions, voire à des poursuites au criminel.

Les initiations auxquelles sont soumis les nouveaux étudiants n'ont rien d'insolite. De tout temps, les diverses sociétés sur la planète tiennent des rites initiatiques, même les tribus dites primitives. C'est notamment une façon de marquer le passage entre l'enfance et l'âge adulte.

Il n'y a pas si longtemps, le Québec disposait de nombreuses occasions de ce genre. La perte de vitesse de la religion catholique semble toutefois en avoir amoindri l'importance, du moins dans l'échelle des valeurs populaires. Malgré la forte diminution de la pratique religieuse, les Québécois ont cependant conservé un attachement particulier à certaines cérémonies. Il est ainsi fréquent de voir des catholiques non-pratiquants se marier devant l'Église.

Les initiations d'étudiants symbolisent cette forme de passage à l'âge adulte. À coup sûr, les interdire représenterait une grave erreur. Les humains ont besoin de ces rites pour marquer leur progression dans l'échelle sociale. Il convient par contre de les encadrer afin d'éviter les abus.

La ministre David est ainsi pleinement justifiée d'intervenir, sachant fort bien qu'aucun gouvernement ne peut bannir les initiations. Elle estime que les cas vécus en septembre dernier revêtent une dimension nationale, d'où la nécessité d'adopter une politique d'intervention commune à tous les établissements. Les initiations qui se transforment en activités d'humiliation et en séances dégradantes d'agressions sexuelles contre des étudiantes, affirme-t-elle, doivent être dénoncées sans réserve et sanctionnées. Elle a d'ailleurs cité l'exemple d'une jeune femme ayant dû porter un costume d'Hawaïenne et qui s'est retrouvée nue devant public.

« Il faut qu'on balise mieux. Il faut qu'on sache que la tolérance, c'est zéro, que les gens dénoncent et qu'il y ait des processus communs », déclare la ministre.

Fort bien. Les deux universités et le Cégep de Sherbrooke sont confrontés aux initiations depuis longtemps. Ces institutions ont, semble-t-il, agi ces dernières années avec beaucoup de discernement pour les encadrer. Mises à contribution, les diverses associations étudiantes ont collaboré avec empressement, reconnaissant d'emblée leur responsabilité. Essentielle, cette coopération a jusqu'ici donné des résultats très positifs.

L'Université Bishop's, rappelons-le, a pour sa part imposé une formation obligatoire à ses étudiants afin de contrer les agressions sexuelles sur son campus. Bishop's a aussi fait beaucoup de chemin dans le but de mettre fin aux légendaires débordements en début d'année scolaire. Elle veut aller plus loin en s'attaquant aux agressions sexuelles. Il faut souligner cette initiative.

Dans sa volonté d'encadrer les initiations, la ministre David en viendra peut-être également à la conclusion qu'une formation obligatoire doit être imposée à toutes les institutions d'enseignement supérieur. Oui, la tolérance zéro doit devenir à cet égard une norme nationale. Les institutions auront d'autant de chance d'y parvenir qu'elles devront miser sur ce qu'elles savent le mieux faire, soit l'enseignement, certes une avenue à privilégier avant la répression.

La présente campagne électorale américaine constitue une parfaite illustration de la réprobation populaire envers les actes dégradants commis à l'endroit des femmes. Donald Trump, candidat républicain, vient sans doute de perdre ses dernières chances d'accéder à la présidence en raison de ses agissements passés. Les initiations dites « dégradantes » doivent aussi être reléguées à l'histoire.

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