Faire la sourde oreille

ÉDITORIAL / Depuis dix ans, le gouvernement du Québec fait la sourde oreille... (Archives, La Tribune)

Agrandir

Archives, La Tribune

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Pierre-Yvon Bégin

Collaborateur aux pages Opinions de La Tribune.

La Tribune

(Sherbrooke) ÉDITORIAL / Depuis dix ans, le gouvernement du Québec fait la sourde oreille aux recommandations d'Éduc'alcool. Dans une étonnante sortie, l'organisme qui cherche à améliorer la relation des Québécois à l'alcool dénonce l'inaction de l'État. Directeur général, Hubert Sacy se fait cinglant. À ses yeux, Québec « ne manifeste aucune préoccupation ni pour la prévention ni pour l'éducation ». Ouch!

Hubert Sacy est un dirigeant réfléchi. Il veille aux destinées d'Éduc'alcool depuis plus d'un quart de siècle, soit depuis sa fondation. Québec et Ottawa ont reconnu ses mérites en le faisant Chevalier de l'Ordre national du Québec et en lui décernant l'Ordre national du Canada. Spécialiste de la communication sociétale, Hubert Sacy a fait d'Éduc'alcool la référence en matière d'éducation et de prévention à l'alcool. « Grâce à lui, on observe aujourd'hui un changement sensible de comportement des consommateurs », peut-on lire dans la présentation de l'Ordre national du Québec.

Québec reconnaît donc son énorme contribution au mieux-être de la société québécoise. Paradoxe pour le moins gênant, on l'honore d'une part pour ses réalisations tout en ignorant ses propositions de changement.

Avec patience, doigté et humour, l'homme a su convaincre bon nombre de Québécois que la modération a bien meilleur goût. Mais quelle mouche a bien pu le piquer pour l'amener à dénoncer ainsi le laxisme du gouvernement sur la place publique?

Diplomate averti, Hubert Sacy maîtrise l'art des coups d'éclat. Pour en arriver à une solution extrême, il doit se trouver dans une condition désespérée, sans doute à la veille de la retraite. Il n'a visiblement pas accepté que son bilan soit remis en question parce que la consommation excessive d'alcool semble progresser.

« Parfois, on voudrait un coup de pouce de l'autre côté », a répliqué Hubert Sacy, souhaitant une application rigoureuse des lois. Le directeur général a notamment montré du doigt les ventes croisées d'alcool. Cette pratique consiste à offrir par exemple un rabais de 15 $ sur l'essence ou de 30 $ sur l'épicerie avec l'achat d'une caisse de bière au prix minimum fixé par la Régie des alcools. Il s'agit en réalité d'une façon à peine subtile de contourner la loi en faisant indirectement ce qui est clairement interdit. S'ajoutent les promotions illégales, mais tolérées, comme l'alcool gratuit pour les dames entre 17 et 19 h ou encore les shooters à 1 $ pour les étudiants.

Dans son premier rapport en 2006, la Table de concertation en sécurité routière recommandait aussi l'instauration d'un cours obligatoire de quatre heures pour les serveurs d'établissements licenciés. Partout dans le monde, note Hubert Sacy, ce cours contribue à réduire la violence et la conduite avec les capacités affaiblies.

La Table suggérait aussi d'accroître la présence policière et le nombre de barrages routiers afin d'augmenter chez les conducteurs la crainte de se faire épingler. Les sondages démontrent que 75 % des gens pensent qu'il est improbable de se faire pincer en état d'ébriété.

Hubert Sacy a l'habitude de monter aux barricades. Il est d'ailleurs l'un des rares à avoir critiqué publiquement l'apparition de l'insipide émission d'Éric Salvail, Les recettes pompettes.

Il rappelle cette fois à l'État que l'alcool n'est pas un produit comme un autre, mais bien un puissant psychotrope. Le mandat de la Société des alcools du Québec (SAQ), souligne-t-il, ne consiste pas uniquement à fournir aux Québécois de l'alcool au plus bas prix possible ni à rapporter un milliard de dollars à l'État. C'est aussi une question de santé publique.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer