Le ministre Barrette doit entendre la voix citoyenne

Le Commissaire à la santé et au bien-être vient de rendre public son rapport... (Archives, La Presse)

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La Tribune

Le Commissaire à la santé et au bien-être vient de rendre public son rapport sur le panier de services « Entendre la voix citoyenne pour améliorer l'offre de soins et services ». Il s'agit du rapport 2016 sur l'appréciation thématique de la performance du système de santé et de services sociaux. Ce pourrait être le dernier rapport de cet organisme indépendant, chien de garde du système de Santé et de Services sociaux, le gouvernement ayant décidé de l'abolir. Pourquoi? Pour sauver quelques dollars? Selon nous, c'est plutôt pour pouvoir saccager le système plus librement que le gouvernement a choisi de se priver de la précieuse expertise du Commissaire. Son mandat prenant fin, le Commissaire a dû se résoudre à présenter un rapport beaucoup moins élaboré que prévu initialement. (...) Et ses constats sont accablants, notamment l'effritement des services, la difficulté d'y accéder, l'accent mis sur une approche centrée autour de l'hôpital au détriment de la prévention et des services sociaux, la gestion non optimale des ressources, le manque de transparence dans les décisions.

Tous les jours, depuis plusieurs mois, des employées et des usagers du réseau, soutenus par une partie importante de la population, dénoncent les manoeuvres du ministre Barrette qui entend reconfigurer le système de santé selon sa vision comptable et mercantile des services. La semaine dernière encore, on en apprenait un peu plus sur l'implantation de son projet de mégalaboratoires centralisés (laboratoires serveur), auquel il s'était pourtant opposé en 2014, dans son ancienne vie de président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec. Les répercussions de cette opération, on le sait, seront nombreuses et néfastes : non-respect des délais d'analyse, absence de fiabilité des échantillons, risques de devoir reprendre des prélèvements et retards dans le traitement des patients, pertes d'emplois et d'expertise partout au Québec, dévitalisation des régions, etc.

Qui plus est, le ministre est incapable de chiffrer les coûts de ce projet ni de faire la preuve probante de l'économie de 75 millions qu'il avance. Et tout indique que c'est le secteur privé qui sortira grand gagnant de l'opération du fait des activités connexes que génèrera la centralisation : achat et entretien d'équipements, transport des échantillons, frais d'agrandissement et d'entretien des laboratoires serveurs, administration des futurs laboratoires dépanneurs des régions, bref une mine d'or à exploiter par le privé.

Et que dire des groupes de médecine familiale (GMF), cliniques privées à but lucratif, qui s'accaparent le personnel des CLSC, dont la vocation est précisément de rendre des services de proximité et d'agir en prévention? Et les millions que le ministre vient d'accorder à l'entreprise privée pour les soins à domicile viennent encore saper le rôle des CLSC et compromettre la qualité des services dispensés aux clientèles vulnérables. (...)

Peut-on vraiment espérer voir le ministre donner suite à ce rapport, alors qu'il semble sourd aux inquiétudes exprimées de toutes parts? (...) Il supporte peu la critique, allant même jusqu'à abolir l'institution du Commissaire à la santé et au bien-être dont la mission est d'évaluer les résultats atteints par le système de santé et de services sociaux et d'informer le ministre et les citoyens sur la performance du réseau.

Des compressions, des mesures de privatisation et de centralisation à outrance; voilà à quoi se résume pour nous la réforme Barrette. Pas étonnant, dans ce contexte, qu'on veuille écarter les sonneurs d'alarme, comme le Commissaire à la santé dont le rapport est pourtant limpide : « Les citoyens du Québec considèrent la santé et le bien-être comme une ressource collective et un droit fondamental à préserver sans concession. Et ils veulent assurer la sauvegarde d'un système public universel et « gratuit » qui représente un élément de fierté collective et auquel les citoyens vouent un attachement profond. »

Saurez-vous enfin entendre la voix citoyenne, monsieur le ministre?

Jean Lacharité, vice-président - Confédération des syndicats nationaux (CSN)

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