Présidentielles: le facteur féminin 

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Gilles Vandal
La Tribune

(Sherbrooke) ANALYSE / En 2012, les femmes ont composé 53 % de l'électorat américain, déposant 10 millions de bulletins de vote de plus que les hommes. De plus, elles ont voté à 55 % pour Barack Obama alors que ce dernier ne recevait que 45 % du vote masculin. Obama a donc dû sa réélection au vote féminin.

Un tel écart entre le vote masculin et féminin dans les élections américaines est apparu en 1980. Depuis, les femmes ont plus tendance que les hommes à voter démocrate. Et le gouffre n'a cessé de se creuser. Depuis 1992, le vote féminin a représenté le facteur déterminant dans cinq des six élections présidentielles. Normalement, cela devrait être particulièrement évident en 2016 avec la présence d'Hillary Clinton comme candidate démocrate.

En effet, 2016 représente un moment historique. Hillary Clinton est déjà passée à l'histoire en étant la première femme à remporter la nomination à la présidence d'un des deux grands partis aux États-Unis. Bien que cela représente une étape importante dans la lutte pour l'égalité des sexes, de nombreuses femmes semblent indifférentes au fait qu'elles assistent à une des élections les plus importantes de l'histoire américaine. Elles agissent comme si le plafond de verre avait déjà été brisé.

Aussi, Clinton porte une attention particulière aux questions touchant la famille et les droits des femmes dans sa campagne. D'ailleurs, Donald Trump l'a même accusée de centrer toute sa stratégie sur la carte de la femme. Entre-temps, comme s'il ignorait l'importance du vote féminin, Trump a choisi une stratégie inverse. Il mise sur le vote de l'électorat blanc, particulièrement des hommes blancs.

La stratégie de Trump va bien au-delà d'un appel aux travailleurs blancs désemparés par les changements économiques. Depuis juin 2015, il a multiplié les remarques acerbes envers les femmes, comme ses commentaires sexistes outranciers à l'égard de Megyn Kelly de Fox News ou Carly Fiorina, une adversaire républicaine.

Bien que les sondages démontrent que 70 % des femmes considèrent que Trump a peu de respect pour elles, ce dernier n'hésite pas à récidiver en s'en prenant directement à son adversaire. D'une part, il a affirmé à plusieurs reprises, avec le sous-entendu que seul un homme pouvait assumer la fonction, qu'Hillary Clinton n'a ni l'apparence, ni la force, ni l'endurance pour être présidente. D'autre part, dans une approche beaucoup moins subtile, sa campagne est marquée par une atmosphère carnavalesque où ses supporteurs portent des t-shirts ou des boutons décrivant Clinton comme une « salope » ou caricaturant la taille de ses cuisses et de ses seins.

L'incident entourant le cas d'Alicia Machado, Miss Univers 1996, a rappelé vivement le peu de considération que Trump a pour les femmes. Comme cette dernière perdait sa taille de mannequin, Trump n'a pas hésité à l'invectiver publiquement en l'appelant « Miss Piggy » et « Miss Housekeeping ». Mais la misogynie de Trump ne s'arrête pas là. En effet, il a renvoyé régulièrement des femmes de ses clubs de golf, casinos ou hôtels parce qu'elles étaient devenues moins attrayantes. Il est allé même jusqu'à les insulter en les traitant de « truies » et de « chiennes ».

Trump n'agit pas ainsi innocemment dans la présente campagne. Il sait pertinemment qu'Hillary Clinton a un problème avec l'électorat masculin blanc. Il cherche à capitaliser au maximum sur ce point.

Pour comprendre la stratégie de Trump, nous pouvons nous référer à l'étude de Susan Fiske et Peter Glick. Ces derniers ont développé la théorie du sexisme ambivalent. Depuis un an, des dizaines de sondages ont pu vérifier la validité de cette théorie par un examen détaillé de l'attitude des hommes blancs à l'égard de Mme Clinton. Il en ressort que ces derniers sont motivés par un mélange complexe de sexisme conscient et inconscient.

Le sexisme ambivalent se veut bienveillant et se démarque du sexisme hostile en refusant d'exprimer ouvertement des opinions négatives sur les femmes. Néanmoins, l'attitude des hommes qui y adhèrent inconsciemment est motivée par des préjugés paternalistes et un sentiment de supériorité et de domination. Cette attitude ambivalente explique largement le problème que les hommes blancs ont avec Hillary Clinton.

Le sexisme ambivalent tend à récompenser les femmes qui acceptent un rôle traditionnel. Par-dessus tout, il décourage les femmes de se mêler de politique. Hillary Clinton a pu obtenir des éloges dans son rôle de première dame. Mais en voulant devenir présidente, elle démontre qu'elle est à la recherche du pouvoir.

Dans l'optique du sexisme ambivalent, plus une femme recherche le pouvoir, moins elle devient digne de confiance. Les taux négatifs élevés concernant le manque d'honnêteté d'Hillary Clinton sont apparus après qu'elle eut annoncé sa candidature à la présidence. L'indignation morale à son égard s'explique donc en partie par une attitude sexiste.

Si Trump cherche à capitaliser au maximum sur le vote des hommes blancs et des femmes blanches mariées pour gagner, Clinton peut déjà compter sur l'appui des minorités, des femmes blanches de plus de 65 ans et celles de moins de 35 ans célibataires.

Or, pour faire sortir le vote démocrate, les commentaires sexistes de Trump sur Clinton, Machado et autres femmes représentent des incitatifs majeurs pour les électeurs de la coalition d'Obama. Mieux que Clinton, Trump a réussi à donner aux Hispaniques et aux femmes des raisons de voter démocrate.

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