Les bonnes intentions

ÉDITORIAL / Alors que 63 pays ont ratifié jusqu'ici l'Accord de Paris sur le... (Archives, La Presse)

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Denis Dufresne
La Tribune

(Sherbrooke) ÉDITORIAL / Alors que 63 pays ont ratifié jusqu'ici l'Accord de Paris sur le climat, ce qui devrait permettre son entrée en vigueur en 2017, le gouvernement Trudeau s'apprête à emboîter le pas, mais sans avoir de véritable plan d'action et sans entente avec les provinces.

Et cela n'a rien de rassurant après les années d'inaction de l'ex-gouvernement conservateur, qui avait même renié le protocole de Kyoto.

Déjà, le gouvernement libéral a annoncé en septembre qu'il limiterait ses objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) à ceux fixés par le gouvernement Harper.

Les libéraux avaient pourtant clamé durant la campagne électorale de 2015 que les intentions des conservateurs - une baisse des émissions de GES de 30 pour cent d'ici 2030 sous le niveau de 2005 - étaient trop timides et que le Canada sous leur direction serait plus audacieux.

Ils disent maintenant que le gouvernement Harper avait établi de « fausses cibles » et qu'ils doivent d'abord se donner un plan réaliste.

Ce n'est certes pas la première fois qu'un gouvernement revient sur ses engagements.

Mais dans le cas des libéraux, qui ont toujours voulu projeter une image de renouveau et de progressisme après neuf ans de règne conservateur, il s'agit d'une gifle pour les citoyens, la communauté scientifique et les groupes environnementaux.

Le ministre québécois de l'Environnement, David Heurtel, avait jugé avec raison que le gouvernement Trudeau manquait à son tour d'ambition, estimant que pour respecter sa signature de l'Accord de Paris il devait diminuer encore davantage ses émissions de GES.

Il faut rappeler ici que le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) recommande une baisse de 40 à 70 pour des émissions mondiales d'ici 2050.

Pour établir, même sur le tard, un plan d'action solide et crédible pour la réduction des émissions de GES, Ottawa doit rallier les provinces et c'est loin d'être gagné.

Plusieurs d'entre elles, dont l'Alberta, la Saskatchewan et Terre-Neuve, rejettent l'imposition à compter de 2018 d'une taxe progressive sur les émissions de carbone, annoncée sans préavis lundi par le premier ministre Justin Trudeau.

Elles estiment ne pas avoir été consultées suffisamment et jugent que leurs efforts pour réduire leurs émissions de GES n'ont pas été pris en compte par Ottawa.

Or, la tarification du carbone, ou la mise en place d'un marché de plafonnement et d'échange des émissions comme l'ont fait le Québec et l'Ontario, constitue l'élément central des discussions.

Devant ce blocage, Ottawa devra se montrer plus habile et plus convaincant, surtout auprès des provinces qui misent sur le développement des énergies fossiles et la construction du pipeline Énergie Est pour acheminer le pétrole sur les marchés étrangers.

Le Canada a un immense retard à rattraper : ses émissions de GES, loin de diminuer, ont augmenté de 22 pour cent entre 1990 et 2014 en raison du développement de l'industrie pétrolière et gazière et du secteur du transport.

Et il est pratiquement écrit dans le ciel que les cibles des libéraux, même insuffisantes, ne pourront être atteintes.

La consommation de pétrole a un coût social et environnemental; elle ne disparaîtra pas demain matin, mais il est plus que temps de prendre le virage vers les énergies renouvelables.

Après les années de laisser-faire des conservateurs, le gouvernement Trudeau a la responsabilité d'en arriver rapidement à un consensus national s'il veut s'attaquer de manière décisive à la réduction des émissions de GES.

Cette fois-ci, le Canada n'a pas droit à l'échec.

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