30$ pour Paradis City

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Pierre-Yvon Bégin

Collaborateur aux pages Opinions de La Tribune.

La Tribune

Les auteurs-compositeurs, musiciens et interprètes crient famine. L'Association québécoise de l'industrie du disque, du spectacle et de la vidéo (ADISQ) presse les gouvernements fédéral et provincial d'intervenir rapidement en leur faveur. La situation est fort simple. Si l'arrivée de nouvelles technologies a permis une plus large diffusion des oeuvres, en contrepartie, elle a grugé les revenus des créateurs et interprètes. À terme, c'est toute l'industrie du disque et du spectacle qui risque de disparaître.

Il est facile de mesurer l'ampleur du phénomène. Chanson de l'année 2015, Paradis City a rapporté un peu moins de 30 $ à son auteur, Jean Leloup. Elle a pourtant généré 540 000 écoutes sur la plateforme Spotify. C'est carrément du vol. Déjà peu protégés par les lois dans un environnement connu et familier, les créateurs se retrouvent aujourd'hui à la merci d'entreprises diffusant sur le web. Ces dernières touchent des revenus faramineux, ne leur laissant que des miettes.

Les consommateurs profitent évidemment de la situation. Depuis longtemps, ils ont délaissé l'achat de CD en magasin pour se tourner vers le magasinage en ligne. Plutôt que d'acheter un album, plusieurs optent pour l'acquisition de leurs seules pièces favorites. Le groupe sherbrookois Vallaire a tenté de contourner le problème en mettant lui-même ses albums gratuitement sur le web. Le montant à verser en retour était laissé à la discrétion des admirateurs.

Cette façon de faire est déjà révolue. Des services comme Spotify proposent aujourd'hui une diffusion en continu sans achats. Outre Beyoncé et Adele, peu de vedettes sont en mesure de résister à ces géants.

L'ADISQ prend le taureau par les cornes. Elle croit qu'il faut imposer des redevances aux distributeurs de musique en ligne. Quoique modestes, ces redevances existent déjà en radiodiffusion. Un artiste touche ainsi un certain montant chaque fois que son oeuvre est diffusée par une station de radio. L'Association croit avec raison qu'il est plus que temps d'adapter la réglementation à la nouvelle réalité.

Dans une certaine mesure, cet exemple fait penser à la situation du taxi avec l'arrivée d'Uber. Bénéfique à bien des égards pour les usagers, l'introduction de nouvelles technologies vient totalement modifier le portrait de l'industrie existante. C'est aussi le cas dans le commerce de détail avec la prolifération des achats en ligne. Peter Simons, président et chef de la direction de la maison Simons, a récemment tiré la sonnette d'alarme. Il a rappelé à l'État que des entreprises de commerce électronique ne paient pas les contributions que des compagnies ayant pignon sur rue doivent acquitter.

L'ADISQ prêche certes pour sa paroisse. Les gouvernements doivent cependant réaliser qu'ils y trouveront aussi leur dû. Les services en ligne profitent d'un avantage déloyal, n'ayant ni à payer d'impôt ni à percevoir de taxes, TVQ et TPS.

L'Association exige notamment la révision des droits d'auteur et leur application aux diffuseurs numériques comme aux stations de radio. La question ne date pas d'hier. Plusieurs se souviendront de la sortie explosive de Luc Plamondon en 1983, justement lors d'un gala de l'ADISQ. Lors du prochain gala fin octobre, les ministres de la Culture et du Patrimoine, généralement présents, auront peut-être une surprise.

La culture a toujours été l'enfant pauvre de nos sociétés. En plus d'enjoliver le quotidien, artistes et créateurs génèrent une activité économique importante. Il est plus que temps de leur rendre justice en leur permettant de toucher une partie des profits réalisés grâce à leur talent.

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