Irresponsable et immoral

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(Sherbrooke) ÉDITORIAL / La décision du gouvernement du Québec d'abolir la limite de cinq appareils de loterie vidéo (ALV) par établissement et de permettre aux propriétaires d'en installer un nombre illimité est irresponsable et immorale sur le plan social et de la santé publique.

Il y a une douzaine d'années le gouvernement du Québec avait décidé sous la pression de nombreux organisme de réduire le nombre de ces appareils en raison des problèmes qu'ils engendraient, notamment le jeu pathologique et l'augmentation des cas de faillites personnelles, particulièrement chez les personnes à faible revenu.

Alors, pourquoi permettre un déplafonnement?

Le ministre des Finances, Carlos Leitao, soutient qu'en raison des critères socio-économiques de Loto Québec, un quartier où se trouve un établissement ne doit pas compter plus de 12 pour cent de ménages à faible revenu, le nombre d'appareils n'augmentera pas nécessairement.

Tout cela est pour le moins étonnant de la part d'un gouvernement dirigé par des médecins, alors que moult études et rapports font état depuis des années des ravages du jeu pathologique et des coûts sociaux que cela engendre, jusqu'à 2,5 milliards $ par année selon une étude de 2004 du professeur Robert Ladouceur, alors de l'École de psychologie de l'université Laval.

Le Québec compte 12 000 ALV dans 2000 établissements, ce qui s'ajoute au jeu en ligne, aux loteries traditionnelles, aux casinos et aux «pools» de hockey.

Au cours des dernières années, la Fédération des commissions scolaires du Québec, l'Institut national de santé publique du Québec et l'ancien sénateur Jean Lapointe, pour ne nommer que ceux-là, ont dénoncé les impacts sociaux de la loterie vidéo, notamment chez les jeunes.

En 2013, une étude de la Direction régionale de santé publique (DSP) de la Capitale-Nationale a démontré que plus les gens vivent dans un quartier défavorisé, plus ils ont accès facilement à des ALV. Autrement dit, on cible les pauvres!

En outre, la DSP constatait que 18 des 124 bars ou restaurants de Québec avec des ALV étaient situés dans des quartiers qualifiés de «très défavorisés» où les résidants étaient peu scolarisés et vivaient sous le seuil de la pauvreté.

Alors, quels seront les impacts de l'ajout possible d'ALV un peu partout au Québec lorsque l'on sait que certains propriétaires de bars poussent la sollicitude jusqu'à installer des guichets automatiques dans leur établissement pour permettre à leurs clients de se renflouer au besoin?

Il ne faudra certainement pas compter sur Loto Québec pour avoir la réponse puisque cette société d'État a toujours plaidé que la loterie vidéo est sans danger et rejette la responsabilité du jeu pathologique sur ses utilisateurs.

Belle mentalité!

Cette industrie de la misère est très lucrative: à eux seuls les appareils de loterie vidéo représentent près de la moitié des bénéfices nets de Loto Québec, qui a versé l'an dernier 1,2 milliard $ en dividendes au gouvernement du Québec.

Loto-Québec aura beau faire valoir qu'elle propose des programmes de sensibilisation et de prévention du jeu pathologique, ces appareils très lucratifs pour les tenanciers de bars et de restaurants devraient être bannis, comme le réclament nombre d'intervenants en santé publique et même le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault.

Favoriser la dépendance au jeu, la détresse et l'appauvrissement n'a rien à voir avec le développement social ou économique.

Le gouvernement Couillard le sait, mais préfère visiblement jouer à l'autruche et empocher les dividendes.

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