Blais doit trouver un terrain d'entente

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Monsieur François Blais, Ministre de l'Emploi et de la Solidarité sociale
Voilà maintenant près d'un an que les débats entourant le projet de loi 70 (Loi visant à permettre une meilleure adéquation entre la formation et l'emploi ainsi qu'à favoriser l'intégration en emploi) et le programme Objectif emploi ont cours.

Alors que vous laissez planer le bâillon pour faire adopter cette réforme controversée de l'aide sociale, nous vous adressons aujourd'hui un ultime appel afin de signifier notre appui à la proposition qui vous a été faite lundi par la Coalition objectif dignité (COD) quant au programme Objectif emploi.

Ces ajustements, raisonnables et significatifs, assurent selon nous au programme Objectif emploi davantage de gages de succès, respecte l'autonomie et la dignité des jeunes et ne risque pas d'appauvrir ceux et celles qui éprouvent plus de difficultés à suivre un programme.

Nous sommes d'accord avec vous lorsqu'il est question du manque d'accompagnement des jeunes assistés sociaux par les agents d'aide socioéconomique. Toutefois, si les agents manquent de levier pour rencontrer les jeunes et que ceux-ci sont parfois réticents à leur égard, c'est, d'une part, parce que votre ministère s'est privé lui-même de 25 % de ses ressources destinées à l'accompagnement, et, d'autre part, parce que cette déshumanisation des services a créé un gouffre entre l'institution et les jeunes, détruisant le fragile lien de confiance qui doit les unir. Qui plus est, les règles de gestion sont venues alourdir le travail de vos agents et ont rendu difficile la catégorisation des jeunes.

La COD propose d'accompagner les jeunes dès les premiers moments d'une demande d'aide sociale. Or nous croyons que cela permettrait de lancer un message d'ouverture aux jeunes, réduire le stress entourant une première demande et rétablir un lien positif entre les agents et les jeunes, plutôt que de renforcer un rapport de contrôle. Cette procédure a fait ses preuves par le passé et ne peut être que bénéfique lorsque viendra le temps pour les jeunes visés de s'engager dans un programme d'employabilité et de formation.

De plus, l'uniformisation des allocations de participation (260 $/mois) pour tous les volets du programme (emploi, formation, autres enjeux) permettrait de ne pas hiérarchiser les parcours des jeunes et de les soutenir équitablement en respectant leur rythme et leur choix. De cette façon, un ou une jeune pourra régler un problème de toxicomanie ou retourner à l'école sans perdre au change l'équivalent de deux épiceries par mois!

Nous croyons également nécessaire de donner la possibilité aux jeunes de se retirer du programme à tout moment ainsi que de prévoir des pénalités financières qui n'affectent pas le montant de base de l'aide sociale. Il nous semble qu'à ce stade des débats, la démonstration quant aux effets qu'auront les coupures sur le montant de base de 623 $/mois n'est plus à faire. Lutter contre la pauvreté, la criminalité et l'itinérance ne peut se faire par des mécanismes permettant de réduire le montant de survie des jeunes déjà largement en deçà du minimum requis pour couvrir les besoins de base reconnus.

Mais même avec ces ajustements, tout ne sera pas réglé.

En effet, l'implantation d'une telle mouture du programme Objectif emploi ne saurait avoir l'impact espéré sans s'accompagner d'investissements massifs dans les ressources des Centres locaux d'emploi afin que votre ministère ait les moyens de ses ambitions. De plus, il sera nécessaire de s'attaquer au manque d'adaptabilité et de flexibilité des programmes actuels, ainsi qu'à la faiblesse de l'offre de programmes destinés aux jeunes en situation de précarité.

Nous représentons 344 organisations intervenant directement auprès des jeunes, à savoir autant de maisons de jeunes, de groupes en travail de rue et de lutte au décrochage scolaire, d'écoles de la rue et d'Auberges du coeur qui visent en principe les mêmes objectifs que vous : permettre aux jeunes, à tous les jeunes, de prendre leur place dans la société québécoise.

Malgré notre vive opposition au projet de loi 70 et au programme Objectif emploi tel que vous l'avez proposé, nous croyons que des intersections peuvent exister entre nos préoccupations et vos objectifs.

Pouvons-nous tenter de trouver ensemble des solutions plus constructives?

Il ne fait aucun doute pour nous que les propositions qui sont sur la table constituent un important pas en avant dans la résolution de l'impasse que représente le projet de loi 70.

Tristan Ouimet Savard, coordonnateur Regroupement des Auberges du coeur du Québec 

Sylvie Norris, directrice générale Regroupement des organismes communautaires autonomes jeunesse du Québec

Mélanie Marsolais, directrice Regroupement des organismes communautaires québécois de lutte au décrochage

Nicholas Legault, directeur Regroupement des maisons de jeunes du Québec

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