Jusqu'où faut-il aller?

ÉDITORIAL / L'arrivée du délinquant sexuel Rénald Côté au centre-ville de... (Archives, La Tribune)

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(Sherbrooke) ÉDITORIAL / L'arrivée du délinquant sexuel Rénald Côté au centre-ville de Sherbrooke suscite avec raison de l'inquiétude dans ce quartier où on retrouve plusieurs écoles.

Elle soulève également la question de la diffusion d'informations sur les individus avec ce genre de passé criminel, sur leur réinsertion sociale et sur les mesures de prévention.

La décision de la Régie de police Memphrémagog (RPM) de rendre cette information publique, lundi, était avisée et responsable compte tenu du dossier criminel de M. Côté, reconnu coupable d'agressions sexuelles sur sa fille sur une période de 17 ans et condamné à 14 ans de prison en 2003.

Le nouveau citoyen sherbrookois avait également été arrêté en janvier dernier pour avoir incité un enfant de 9 ans à monter chez lui en lui offrant des bonbons, bien qu'il soit assujetti à de strictes conditions de remise en liberté, dont celle d'éviter tout contact avec des personnes d'âge mineur... ce qui, il faut le reconnaître, n'a rien de rassurant.

Les résidants du centre-ville et les parents d'enfants qui fréquentent les écoles de ce secteur avaient le droit de savoir qu'un délinquant sexuel habite leur quartier et, dans ce cas précis, la RPM a visiblement jugé que la sécurité de la population avait préséance sur le droit à l'anonymat de cet individu.

Depuis plusieurs années, des voix s'élèvent pour que le gouvernement du Québec rende publiques les données du registre national des délinquants sexuels, qui est à l'usage exclusif des services de police.

Le sénateur Pierre-Hugues Boisvenu et initiateur de la Charte canadienne des droits des victimes d'actes criminels, est de ceux-là.

Selon lui, cela ne contreviendrait pas à la Charte canadienne des droits et libertés, bien que cette banque de données contienne le nom, la date de naissance, une photographie, des informations sur la nature des infractions et sur les conditions auxquelles la personne est assujettie.

Dans une entrevue avec notre collègue René-Charles Quirion, M. Boisvenu fait valoir que «la sécurité de la population doit passer au-delà de toutes les autres considérations dont la remise en liberté anonyme d'un criminel à risque».

La divulgation de certaines informations sur des individus considérés à risque pourrait sans doute avoir un effet préventif en permettant aux personnes qui les côtoient de savoir à qui elles ont affaire.

Mais rendre le registre public ne risquerait-il pas en même temps de créer un faux sentiment de sécurité?

Car seulement une minorité des agresseurs y sont identifiés; de plus, à peine 10 pour cent des agressions sexuelles seraient déclarées aux autorités policières.

En outre, comment éviter de stigmatiser des individus qui, jusqu'à preuve du contraire, veulent se réhabiliter, ou de sombrer dans la vindicte populaire?

Selon le CALACS de l'Estrie (Centre d'aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel), le registre est un moyen parmi d'autres «mais pas le plus bénéfique pour prévenir les agressions».

L'organisme rappelle que la majorité des agressions sont commises par un proche ou une connaissance de la victime.

Le CALACS estime qu'il faut concentrer les efforts sur la prévention et encourager les femmes à dénoncer leur agresseur.

Il appartient d'abord aux services de police de juger si un individu représente un risque tel qu'il vaut mieux en aviser la population, comme l'a fait la Régie de police Memphrémagog.

C'est une question de sécurité publique.

Mais la sensibilisation, la prévention et la dénonciation des agresseurs font également partie de la solution.

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