Nommer les choses par leur nom

Mitch Garber... (Archives, La Presse)

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Mitch Garber

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(Sherbrooke) ÉDITORIAL / La sortie de l'homme d'affaires et ex-dragon Mitch Garber au sujet du peu d'ouverture de la communauté anglophone à l'égard de la culture francophone, de l'importance d'être bilingue et du taux effarant de décrochage chez les jeunes francophones a le grand mérite de nommer les choses par leur nom.

Et de secouer l'apathie des « deux solitudes »

M. Garber, qui est président-directeur général de Caesars Acquisition Company et président du conseil du Cirque du Soleil, prenait la parole lundi devant le très sélect Cercle canadien de Montréal.

Il ne s'est pas gêné pour décocher quelques flèches aux membres de la communauté juive et anglophone du Québec pour leur refus d'apprendre le français, affirmant même qu'il est temps pour tous de reconnaître que le français est la langue prédominante au Québec.

L'homme d'affaires a également souligné l'importance pour les francophones d'apprendre l'anglais, la langue des affaires et de l'économie globale.

Rien n'illustre mieux la réalité québécoise du « chacun pour soi » que l'île de Montréal où il est possible de vivre uniquement en anglais ou uniquement en français, selon son appartenance linguistique, une situation qui s'explique autant par la réalité historique, politique, que culturelle.

La plupart des anglophones et des francophones ne s'intéressent pas à la culture de l'autre, à l'exception peut-être de la nouvelle génération pour qui le métissage culturel va de soi.

Les premiers, parce qu'ils n'en voient pas l'utilité, les seconds, parce qu'ils associent leur culture et leur langue à leur survie comme minorité et n'ont jamais vraiment senti d'ouverture de la part des anglophones.

Après des décennies de conflits linguistiques, est-il possible que les deux communautés puissent se rapprocher? Que les anglophones acceptent la primauté du français sans se sentir menacés et que les francophones réalisent l'importance de mieux connaître la culture anglophone, qui a elle aussi façonné l'histoire du Québec?

Mitch Garber a également mis le doigt sur un problème persistant au Québec : le taux de décrochage chez les jeunes du secondaire, qui est le plus élevé au Canada.

Selon des données du ministère de l'Éducation, ce taux était de 15,3 pour cent en 2012-2013 dans la province (19,5 pour cent à la Commission scolaire de la Région-de-Sherbrooke et 19,2 à la commission scolaire Eastern Townships).

À cela s'ajoute un affligeant taux d'analphabétisme de 19 pour cent chez les 16-65 ans dans la province, selon les données de l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques).

L'éducation est-elle une vraie priorité pour le gouvernement Couillard qui a imposé des coupes budgétaires majeures depuis quelques années, notamment dans les services spécialisés et l'aide aux élèves en difficulté, en plus d'augmenter le nombre d'élèves par classe?

La consultation sur la réussite scolaire, annoncée par le ministre de l'Éducation Sébastien Proulx, permettra-t-elle de faire de cet enjeu une priorité nationale?

Le fait de quitter le secondaire sans diplôme ni qualification fait en sorte que chaque année de milliers de jeunes Québécois francophones ne maîtrisent pas leur langue maternelle, ne parlent pas anglais et se condamnent à occuper des emplois précaires, si ce n'est le chômage ou l'aide sociale.

Mitch Garber a raison lorsqu'il déplore le manque d'ouverture des anglophones envers la culture francophone et insiste sur la nécessité pour tous les Québécois d'être bilingues pour participer à l'économie globale.

Mais tout cela passe en très grande partie par une éducation de qualité, donc des investissements.

Il y a péril en la demeure.

Et il aura fallu un anglophone pour nous le dire.

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